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Attention aux risques d'une flambée des produits alimentaires

Enregistré le mercredi 18 novembre 2015 . 4 min. 35

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi

 

L’anomalie climatique El Niño inquiète. A juste titre car elle pourrait affecter les prix agricoles et plonger les régions les plus pauvres, mais aussi certains pays émergents en panne de croissance, dans un état de crise et d’instabilité politique aggravée. A la vue de cette courbe des prix alimentaires calculée par la FAO, cela n’a pourtant rien d’une évidence. La trajectoire des prix a à peine déviée de sa tendance en octobre dernier. En niveau, les cours restent bas et écartés de près de 33% de leur sommet de février 2011 ou de 28% de leur pic de juin 2008. On aurait pourtant bien tort de balayer d’un revers de la main ce petit signal faible.

 

Bien entendu, les effets du dérèglement climatique n’ont pas encore affecté ni toutes les cultures, ni toutes les régions de production et c’est pour cela que ça ne fait pas encore masse Mais attention il y a déjà localement de très fortes tensions sur divers types de cultures. Le sucre par exemple : il pleut trop dans certaines provinces du Brésil et pas assez en Asie, ce qui fait dramatiquement baisser les rendements. Cela a suffit pour que le cours bondisse de plus de 17% en octobre dernier, sa plus forte hausse mensuelle depuis septembre 2010. Idem pour l’huile de palme (qui est l’huile végétale la plus consommée au monde) dont les prix ont grimpé de 17% en deux mois. Et ce n’est qu’un début, les inquiétudes portent maintenant sur les récoltes de le riz en Inde ou aux Philippines, le blé en Australie ou en Ukraine et les pertes sont d’ores et déjà importantes en Amérique centrale sur les récoltes de maïs et de haricots qui est un aliment de base contraignant ainsi plusieurs gouvernements à lancer des distributions d'aide alimentaire.

 

Il ne faut jamais perdre de vue qu’en matière de marchés agricoles, la situation peut très vite dégénérer car ce sont des marchés rigides à court terme, étroits et concentrés. C’est notamment le cas des céréales : 15% seulement de la production mondiale font l’objet d’échanges sur les marchés mondiaux, le reste étant consommé dans les pays producteurs. Et près d’une tonne sur deux exportée provient soit des Etats-Unis, soit de l’Union-Européenne ou de l’Ukraine. Dans ce contexte, en cas de baisse de 5% de la production de l’une de ces régions majeures et c’est autant de prélèvements sur les exportations, les pays producteurs privilégiant le plus souvent leur marché intérieur avec en bout de course une envolée des prix sur les marchés mondiaux. Et les effets peuvent être dévastateurs ; les conséquences incontrôlées. Qui s’en souvient, mais les évènements de la place Tiananmen en juin 1989 sont précédés d’une accélération folle de l’inflation à la suite de la flambée des prix alimentaires alors que les salaires, majoritairement réglementés par l’Etat, ne suivent pas. L’aspiration à plus de liberté bien sûr, mais ce mouvement s’est aussi nourrit de hyper-inflation alimentaire. Il ne faut pas se tromper non plus sur les printemps arabes, dont le catalyseur est aussi l’envolée des prix alimentaires.

 

Dans des pays d’Afrique du Nord, du Proche-Orient et du Moyen-Orient, entre 40 et 50% du budget des ménages sont destinés à l’alimentaire. Et pour certains produits de base, comme les céréales, les approvisionnements extérieurs sont incontournables. Il suffit d’observer l’évolution des prix mondiaux des céréales et de caler certains évènements :  début 2011, les affrontements ont lieu en Tunisie et Ben Ali quitte le pouvoir quelques temps après. Une onde de choc qui va gagner l’Egypte, dès le 25 janvier et pousse Moubarak à abandonner le pouvoir. La Syrie, la Libye, et dans une moindre mesure l’Algérie, le Maroc, le Yemen, Bahreïn, font partie du lot. Quelques années plutôt, en 2008 lors du pic précédent, des émeutes de la faim avaient déjà éclatés au Mexique, en Argentine, en Thaïlande, aux Philippines et la liste n’est pas exhaustive. Aujourd’hui, les prix remontent, peu encore, mais il faut bien garder à l’esprit que toute flambée (et la menace existe) interviendrait au pire moment, c'est-à-dire dans des pays en crise, dont les taux de change ont été attaqués ce qui limite leur capacité d’achat à l’extérieur. Autant dire que nous sommes assis sur une poudrière qui pourrait être à l’origine de nouvelles révoltes et tensions socio-politiques.

 

Alexandre Mirlicourtois, Attention aux risques d'une flambée des produits alimentaires, une vidéo Xerfi Canal TV


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