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Chine : chiffres truqués et vrais déséquilibres

Publié le mercredi 31 janvier 2018 . 4 min. 16

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Une fois de plus, le chiffre officiel de la croissance en Chine est à quelques dixièmes de point près égal à la prévision du gouvernement : 6,9% en 2017. Une fois de plus, ce chiffre est sorti avec une rapidité déconcertante, quinze jours après la fin de l’année, et il est repris en boucle comme étendard de l’excellente santé économique du pays. Mais que se cache-t-il vraiment derrière ce chiffre ?


D’abord, un doute. Selon WikiLeaks, la petite histoire veut qu’en 2007 le secrétaire du comité du parti communiste de la province de Liaoning ait fait une confidence à l’ambassadeur américain, lors d’un dîner, en admettant que les chiffres du PIB du pays étaient "artificiels". Ce dirigeant n’est autre que Li Keqiang, l’actuel premier ministre chinois.

 

Si le niveau de croissance est douteux, en revanche, trois faits saillants se dégagent : c’est une croissance à crédit, qui repose encore pour beaucoup sur les moteurs traditionnels et qui est très inégalitaire. Sur les dix dernières années, la dette totale – ménages, entreprises (hors banques), Etat et collectivités - est passée de 147% à 256% du PIB selon la ¬Banque des règlements internationaux. Aucun autre pays n’a connu un tel emballement et c’est sans même compter les prêts non régulés obtenus grâce au shadow banking, la "finance de l’ombre". Le taux d’endettement chinois se démarque et a changé d’orbite par rapport aux autres grands émergents.


Croissance à crédit


Les racines du phénomène sont connues. Pour contrer le ralentissement mondial, le levier de la dépense publique a été actionné et les banques ont été encouragées à prêter généreusement aux collectivités locales qui se sont lancées dans de vastes plans d’infrastructures. Des projets de moins en moins efficaces. Mais la générosité des banques ne s’est pas arrêtée là. Les entreprises publiques et privées, ainsi que les ménages, en ont également amplement bénéficié. Avec un double impact : le maintien en survie artificielle d’entreprises zombies (ces sociétés non rentables et mal gérées qui ne seront probablement jamais capables de rembourser leur dû), et le gonflement très rapide du prix des actifs.


Les prix de l’immobilier sont notamment en très forte progression depuis début 2015, que ce soit dans l’ancien comme dans le neuf (respectivement de 19 et 20%). Des évolutions sans commune mesure par rapport à l’inflation générale des biens et des services.


Commerce extérieur ultra-puissant


Plutôt qu’un recentrage sur la consommation des ménages comme l’affirme la doctrine officielle, la croissance prend encore essentiellement appui sur les moteurs traditionnels de l’investissement et du commerce extérieur. La Chine reste une hyper puissance industrielle branchée sur le commerce mondial et archi-excédentaire : en hausse de 11,4%, les exportations ont battu un nouveau record en 2017. Les importations également, sous l’impact notamment de la hausse des prix du pétrole. A près de 3000 milliards de yuans, soit un peu moins de 400 milliards d’euros, les excédents demeurent très confortables.


De son côté, la progression des ventes au détail en volume, si elle reste dynamique, a sensiblement décéléré ces cinq dernières années.


Croissance ultra-inégalitaire


Enfin, dans la poursuite des tendances de ces dernières années, la croissance chinoise est très inégalitaire. Il n’y a pas de doute, elle a permis de sortir le pays de la pauvreté. Exprimé en parité de pouvoir d’achat et en euros 2016, le revenu national par habitant est passé de 125 euros par mois au début des années 80 à près de 1200 aujourd’hui.


Le problème, c'est que les 50% des Chinois les plus pauvres ont bénéficié d’une croissance deux fois plus faible que la moyenne. Leur part dans le revenu national est passé de 27 à 15% entre 1980 et 2016, quand celle des 10% les plus aisés passaient de 27 à 41%.


Les niveaux d’inégalité sociale chinois ont nettement dépassé les niveaux européens, et se rapprochent désormais de ceux observés aux Etats-Unis.


La Chine peine aujourd'hui à trouver un régime de croissance soutenable, assis sur des moteurs endogènes robustes.


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