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Comprendre le déficit commercial chronique de la France

Publié le lundi 26 mars 2018 . 4 min. 04

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Le commerce extérieur est un véritable boulet pour l’économie française. Sa contribution à la croissance est négative depuis près de 20 ans, à l’exception de la parenthèse de 2012-2013, conséquence sur les importations de la mise en coupe réglée de la demande domestique à la suite du plan de rigueur Fillon.


Le commerce extérieur a coûté plus de 6 points de croissance depuis 1998. L’analyse du taux de couverture (soit le rapport entre les exportations et les importations) sur longue période révèle également à quel point la situation est critique. Vu sous cet angle, les déséquilibres actuels de la balance commerciale sont les plus longs et les plus profonds.


La double cassure des exportations et des importations


Il y a certes eu de sévères accrocs au milieu des années 70 ou au début des années 80, contrecoups des chocs pétroliers et des politiques de relance keynésiennes des gouvernements Chirac et Mauroy. Sans coordination avec nos plus proches partenaires, elles ont dynamisé les importations au moment même où la demande mondiale adressée aux entreprises françaises tombait en panne, mettant à terre les exports. Mais aujourd’hui rien de tel. La flambée des matières premières avant la grande récession, puis en 2010-2011, a en fait amplifié un mouvement déjà enclenché.


Le véritable tournant se situe peu avant le milieu des années 2000. Les performances extérieures françaises décrochent brutalement entre 2003 et 2010. Et la comparaison avec les autres pays de la zone euro traduit l’acuité du problème français. La France régresse plus que les autres sur ses marchés d’exportation. Même tendance sur le marché intérieur. Le taux de pénétration des importations, qui décolle peu avant le milieu des années 2000, n’a cessé de grimper depuis. C’est le signe d’une hausse des intrants importés, commune à toutes les économies, mais aussi de l’abandon de segments entiers de production.


Cette double cassure, interne et externe, est la conséquence de trois faiblesses majeures et d’un décalage. Les faiblesses : une compétitivité dégradée, un mauvais positionnement géographique et des produits, et un appareil exportateur atrophié. Quant au décalage, il est démographique et crée un décalage de demande intérieure.


Les cinq grandes faiblesses de la France


Côté compétitivité, le coût du travail en France est passé dans l’industrie et les services marchands de 24,4 euros de l’heure (salaire brut et charges employeurs comprises) à 37,1 euros, hissant la France au rang de pays le plus cher des grandes économies européennes. C’est plus qu’en Allemagne, dont la compétitivité hors-prix des produits est pourtant jugée très supérieure, et bien plus élevé qu’en Italie dont la qualité de la production est jugée très proche des standards français.


Autre travers, l’essentiel de la production française est de moyenne gamme, coincée entre les pays à bas coûts qui exportent des produits à bas prix et ceux spécialisés dans les productions à forte valeur ajoutée. A cela s’ajoute un positionnement trop "européano-centré" : 59% des exportations françaises sont destinées à l’Union européenne. A l’opposé, les BRIC pris comme étalon des pays émergents, et les Etats-Unis, de loin le pays avancé le plus dynamique, captent seulement 14,5% des exports français. Une part qui monte à 15,5% en Italie et à plus de 19% en Allemagne.


Troisième faiblesse, l’atrophie de notre base exportatrice, l’une des conséquences de la désindustrialisation. Le socle est réduit par rapport à nos voisins : pour 100 entreprises exportatrices françaises, on en compte 171 en Italie et 265 en Allemagne. Quant à l’évolution du nombre d’exportateurs, cela n’augure rien de bon pour la suite.


Et il faut encore ajouter la balance des services, en perdition, pour achever l’analyse et s’apercevoir que la France perd aussi cette bataille-là.


Les problèmes du commerce extérieur français sont structurels et aucune amélioration n’est à espérer à court terme. C’est bien pourquoi 2% de croissance de façon durable en France, c’est juste mission impossible.


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