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Crise italienne : vers l'explosion de la zone euro ?

Publié le lundi 4 juin 2018 . 4 min. 05

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L’Italie de 2018, c’est la bombe grecque de 2010, mais version thermonucléaire. Au centre des inquiétudes, la dette publique, car les sommes en jeu ne sont évidemment pas de mêmes ampleurs.

 

Jouons à nous faire peur


Dans le premier cas, il s’agissait d’environ 330 milliards d’euros. Avec l’Italie, changement d’orbite : l’ardoise s’élève à 2 263 milliards d’euros, soit quasiment 7 fois plus ! D’ailleurs des pays européens, c’est l’économie italienne la plus endettée en valeurs absolue, devant la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni dont les niveaux sont finalement assez proches. Quant à l’Espagne et plus encore la Belgique et les Pays-Bas, ils sont loin derrière.


Pour continuer à se faire peur, il faut ensuite regarder la courbe des taux des obligations d’Etat à 10 ans : aux alentours de 3%, ils sont au plus haut depuis, la crise de 2011 – 2013, un chiffre à comparer à ceux de la croissance (1,3% en annualisé au 1er trimestre) et de l’inflation (0,7% en moyenne sur les trois premiers mois de l’année). C’est explosif, la dette s’accroit mécaniquement avec l’effet boule de neige et même si l’impact de la remontée des taux ne se diffuse que petit à petit sur le stock de la dette, c’est un véritable poison. De même, l’écart entre le taux à 10 ans des obligations d’Etat italiennes et allemandes, remonte en flèche signe de la hausse des inquiétudes.


Compte tenu de sa dette publique, de son poids économique (environ 15% du PIB de la zone euro), une grave crise en Italie et c’est la certitude d’un cataclysme pour tous. Cataclysme économique très directement pour ses fournisseurs les plus importants dont la France. L’Italie c’est un marché de 60 millions de consommateurs, c’est plus de 5 fois la Grèce avec qui plus est un pouvoir d’achat nettement supérieur : le revenu par habitant était supérieur de 33% à celui des grecs avant la crise de 2010. Cataclysme financier ensuite, car on assisterait à une défiance vis-à-vis de l’ensemble de la zone euro avec une envolée généralisée des taux d’intérêt à long terme. La France, qui comme l’Italie, a aussi ce double problème de compétitivité et d’endettement, serait en première ligne.

 

Un scénario noir peu probable (pour le moment)


Pourtant ce scénario noir n’est pas le plus probable. Bien entendu l’Italie de 2018 ressemble en partie à celle de 2011-2013. Gains de productivité nuls, déclin démographique, faiblesse du potentiel de croissance, désindustrialisation, système bancaire fragilisé par les créances douteuses, tout cela reste d’actualité Mais la grande différence c’est que la crise de 2011-2013 était une crise de la balance des paiements avec des préteurs étrangers, notamment allemands, qui avaient brutalement cessé de financer le pays. Et que voit-on aujourd’hui ? Une économie qui accumule les excédents courants depuis quatre ans. En d’autres termes, l’Italie prête désormais plus aux autres pays qu’elle n’emprunte ou cela revient au même elle dégage un excédent d’épargne.


C’est bien pour cela que la détention de la dette publique italienne est devenue très domestique : en 2006 moins de la moitié de la dette publique était détenue pas des résidents aujourd’hui c’est près des deux tiers. En d’autres termes l’équilibre financier de l’Italie dépend de moins en moins des autres pays et pour qu’il y ait aujourd’hui une crise de la dette publique italienne il faudrait un phénomène de ventes paniques de la part des italiens eux-mêmes, ce qui est peu probable.


La situation économique de l’Italie n’est évidemment pas bonne mais elle n’est pas de nature à dégénérer en une crise de la dette souveraine qui se transformerait par la suite en une crise financière généralisée de la zone euro. Pour l’heure c’est plutôt « in flight to quality », qui maintient les taux longs de ses partenaires au plancher, et une dépréciation de l’euro qui sert d’antidote aux menaces commerciales de Trump. L’euro n’en est pas pour autant tiré d’affaires car le problème a glissé du terrain économique vers celui encore plus chaotique du politique avec la mise en place d’un gouvernement antisystème et ouvertement eurosceptique. Seule certitude, la zone euro ne résistera pas à une psychorigidité germano européenne qui conduirait fatalement à un « Italexit ». L’Europe a une deuxième chance pour se réformer et elle doit la saisir.


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