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De l'agriculteur au distributeur, la guerre des marges fait rage

Publié le mercredi 24 février 2016 . 4 min. 32

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De l’agriculteur au consommateur, la déflation fait rage. Dans l’agriculture, ce n’est pas un scoop, les prix baissent. Le mal est global comme le montre l’indice FAO des prix alimentaires mondiaux qui a plongé de 40% depuis son pic de février 2011. En cause : l’excès d’offre face à une demande en berne. Et le contrecoup pour les agriculteurs français est d’autant plus rude qu’avec le démantèlement depuis 25 ans des politiques agricoles européennes de soutien des prix, les fluctuations des cours des marchés mondiaux se transmettent systématiquement aux marchés français. Il suffit de superposer les deux courbes pour comprendre l’ampleur du phénomène : celle de l’évolution sur un an de l’indice FAO et celle de l'indice des prix des produits agricoles à la production (l’IPPAP), hors fruits et légumes, qui mesure la variation des prix des produits vendus par les agriculteurs français. Le lien est très fort comme le montre le coefficient de corrélation qui atteint 0,76. Malgré des décalages, les forces de rappel sont là et les prix agricoles français vont encore baisser.

 

Mais la pression vient aussi de l’intérieur, notamment des industriels de l’agroalimentaire, eux-mêmes sous pression, la déflation se diffusant à tous les stades de la filière. Pas le choix, leurs prix refluent à eux aussi : depuis le pic d’août 2013, ils ont cédé près de 3%, et pas seulement à cause de la baisse des matières premières. La filière souffre depuis maintenant des années. D’abord à cause de la concurrence étrangère pas toujours très loyale. A commencer par l’Allemagne. Outre-Rhin, les entreprises ont usé et abusé de la directive de 1996 sur les « travailleurs détachés » pour renforcer leur compétitivité. On en connaît les conséquences pour les abattoirs français. Depuis, une seconde vague venue d’Espagne submerge cette fois-ci les secteurs du grain, de la panification, des fruits, des légumes. Elle enfonce de surcroît un peu plus la filière viande. Des industriels ibériques qui engrangent les dividendes de la forte baisse des salaires de leur main d’œuvre. Un indice ? Hors boissons, le solde extérieur bilatéral avec l’Espagne des IAA penchait légèrement pour la France en 2000 (35 milliards d’euros d’excédents). Aujourd’hui, le déficit est proche d’un milliard ! Mais, une fois encore, la pression vient aussi de l’intérieur et cette fois de la grande distribution.

 

Avec leur stratégie des petits prix, les grands distributeurs exercent une pression terrible sur le tissu productif en amont. Pas sur les grandes marques nationales avec lesquelles le rapport de force n’est pas forcément favorable, mais sur les petits producteurs. Et ce n’est pas fini, en raison de la baisse des taux d’intérêt. Pour le comprendre, il faut se plonger dans la mécanique financière des supers et hypermarchés. Le génie de la grande distribution, c’est de faire payer au comptant les clients et de régler les fournisseurs plus tard. Entre temps, l’argent récolté (autrement dit cette ressource en fond de roulement) rapporte et c’est traditionnellement là que se fait l’essentiel du résultat. Mais de moins en moins, vu l’évolution des taux d’intérêt. L’Euribor 3 mois est négatif depuis avril 2015. Il faut donc massifier les achats pour accroître encore son pouvoir de négociation et obtenir toujours plus de réduction des fournisseurs. L’idée est bel et bien de récupérer en marge ce que l’on perd en produits financiers.

 

C’est bien le sens des rapprochements ces deux dernières années en France entre Système U et Auchan, entre Intermarché et Casino, entre Carrefour et Cora et, plus récemment en Europe, entre Dia et Casino ou E.Leclerc et l’Allemand Rewe. C’est à ce prix, que les prix de l’alimentaire refluent depuis deux ans dans la grande distribution . Une obligation car, en bout de chaîne, le consommateur n’est pas prêt à payer plus. Et le piège de la déflation se referme chaque jour un peu plus avec des victimes en cascade dans le monde agricole et les IAA. Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi

 

Alexandre Mirlicourtois, De l'agriculteur au distributeur, la guerre des marges fait rage, une vidéo Xerfi Canal TV


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