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La France surendettée génère des inquiétudes jusqu’à mettre en doute sa capacité à assurer ses échéances sans une colossale augmentation de la pression fiscale. L’envol de la dette est en effet impressionnant. Inférieur à moins de 60% du PIB au début des années 2000, le taux d’endettement a connu deux grands coups d’accélérateur : un premier en 2009 à la suite de la grande récession consécutive à la crise des subprimes, puis le second en 2020 avec la crise de la covid-19 qui le propulse à près de 120%. Un doublement en à peine plus de 20 ans !


Les enfants nés en 2020 ne sont pas endettés !


Ce ratio qui effraie tant, qui a toutes les apparences de la rigueur et du sérieux, n’a pourtant strictement aucun sens. Tout simplement parce que cela revient à rapporter un stock (la dette) à un flux (le PIB). Calculer le ratio dette brute/PIB, c’est donc comparer des carottes et des choux, deux notions de nature très différente. C’est comme si un banquier jugeait la situation financière d’un ménage sans se préoccuper ni de son patrimoine ni de sa capacité à générer des revenus dans les années à venir. C’est absurde pour un ménage. Ça l’est tout autant s’agissant d’un pays. Pour être rigoureux, il faudrait plutôt comparer la dette du pays à une somme de PIB futurs, car on ne rembourse pas une dette sur une seule année !


Dans une même logique de flux, il serait aussi plus correct de rapporter le PIB annuel de la France (de l’ordre de 2 300 milliards d’euros) à la charge de la dette, c'est-à-dire le montant des intérêts versés chaque année. Pour la France, la somme en jeu est aujourd’hui d’environ 35 milliards d’euros, c’est moins de 1,5% du PIB. C’est un chiffre en baisse, car les taux auxquels l’État refinance sa dette sont historiquement bas.


On pourrait tout autant choisir de rapporter la dette (c'est-à-dire le passif) aux actifs dans une logique de stock. Sous cet angle, le diagnostic sur l’endettement de la France change radicalement : le passif est largement inférieur à l’actif. Prenons l’exemple d’un nouveau-né français. Il hérite dès sa naissance d’une dette publique. Mais il hérite aussi d’actifs publics financiers et non financiers : maternité, écoles, routes, hôpitaux, monuments et autres infrastructures préexistantes, construits et financés par les générations antérieures. Contrairement à ce que certains prétendent, les enfants nés en 2020 ne sont pas endettés. En vérité, ils héritent d’un patrimoine public net d’une valeur proche de 330 milliards d’euros. Pour autant, il ne faut pas se voiler la face, la situation s’est détériorée. Pour aller à l’essentiel, si l’héritage a triplé entre le début des années 2000 et 2007, il a fondu depuis.


Il faut rééquilibrer nos comptes extérieurs


Mais il y a une autre source de confusion sur la dette. La dette de la France ne peut pas se résumer à celle de l’État. L’État, ce n’est que l’un des agents économiques, ce n’est pas toute la France. L’endettement de la France, c’est donc la somme des dettes des entreprises, des ménages et des administrations publiques envers les acteurs situés hors de nos frontières. Pourquoi seulement hors de nos frontières ? Parce que les dettes internes s'annulent, puisqu'à la dette d'un agent correspond la créance d'un autre. La seule partie à rembourser par la France, c'est celle détenue par des investisseurs étrangers.


La Banque de France publie chaque année un « compte des transactions courantes » qui décrit dans une logique de flux les échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants avec l'extérieur. Le solde de ce compte représente ce que la France a emprunté (ou prêté) chaque année. Créancière du début des années 90 jusqu’au milieu des années 2000, la France est devenue débitrice par la suite, mais de façon modérée, le déficit courant ne dépassant jamais la barre de 1% du PIB jusqu’en 2020, année exceptionnelle qui a en effet plombé les comptes.


Mais tout ceci concerne les flux seulement. Qu'en est-il de la dette, c'est-à-dire du stock ? Pour le mesurer, il faut additionner le solde des transactions courantes au fil des ans. Et le résultat est pour le moins surprenant. Sur la base de cet indicateur, la France n’était pas endettée fin 2019, mais le devient avec la crise de la covid-19 en 2020. Là aussi, il ne faut pas mettre sous l’éteignoir la tendance à la réduction de l’empilement des excédents avec cette sentence : les vrais problèmes sont devant nous et si l’on veut sérieusement s’occuper de la réduction de la dette, il est prioritaire de s’attacher à rééquilibrer nos comptes extérieurs. L’alternative est simple :

- soit à grands coups de plans de rigueur, la demande intérieure étant sacrifiée pour faire chuter les importations et effacer le déficit extérieur ;
- soit l’on donne à nos entreprises les moyens d’être plus offensives à l’extérieur comme dans la défense de leurs parts de marché sur le territoire… mais la dette publique ce n’est pas le cœur du problème !


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