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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la prévision et de la conjoncture de Xerfi

 

Pour les tenants de l’austérité et des politiques favorisant la compétitivité-prix, l’Espagne est un modèle de réussite. Symbole de ce renouveau, la nouvelle vitalité de son industrie automobile : la production se rapproche de la barre des 2 millions 400 mille véhicules, soit presque autant que la France et l’Italie réunies. Une renaissance portée par les constructeurs étrangers venus chasser les coûts bas pour produire en Espagne et exporter ensuite : 80% de la production part à l’étranger.. Le redémarrage de l’Espagne c’est d’abord cela : une compétitivité-coût retrouvée, comme le montre la comparaison de ses coûts salariaux unitaires avec l’Allemagne qui sert de référence année après année. Jusqu’en 2008, les coûts espagnols se rapprochent très vite de ceux de l’Allemagne, signe de la perte de compétitivité du pays, puis s’en éloignent. Un simple comparatif avec l’Italie d’abord avec la France ensuite montre combien, c’est vis à vis de tous ses voisins que l’Espagne a regagné en compétitivité. Cela a soutenu ses exportations qui progressent plus vivement (+7% environ depuis 2012) que celles du reste de la zone euro (+2,3%). L’enchainement serait alors celui d’une reprise classique basée sur des mécanismes d’offre : les exports réaniment la production industrielle. L’investissement et  l’emploi suivent et  en bout de course la demande domestique est relancée. La croissance est de retour et devrait faciliter maintenant le rééquilibrage des finances publiques. Pour l’Espagne, l’avenir semble donc dégagé. Pourtant, ce scénario n’est pas encore écrit. Je vois quatre points de fragilité dans ce schéma : le 1er c’est la capacité du moteur extérieur à durablement entrainer le reste de l’économie. Malgré des positions fortes dans l’automobile, la chimie ou l’alimentaire, il est de petite taille en raison d’une base industrielle étroite. D’autant plus étroite que l’amélioration des coûts unitaires est d’abord le fruit d’une mise au tapis d’activité et d’emplois peu qualifiés. Ensuite, son principal carburant ce sont les pays européens. Or la croissance y reste faible malgré tout. Deuxième point de fragilité, le bâtiment. L’Espagne n’en a pas terminé avec la crise de la construction : les mises en chantiers sont au plancher, proches de 35 000 unités, très loin de leurs sommets. Comme la demande de permis de construire n’a pas meilleure allure, une reprise à court terme semble exclue. C’est une chape de plomb. La reprise est donc incomplète. C’est ma troisième réserve. Et sans un soutien plus ferme de la demande domestique, pas possible d’accélérer : la remontée de la production manufacturière reste laborieuse et son contenu en emploi très faible. Hors sans changement de braquet aucune décrue décisive du chômage n’est envisageable notamment celui des jeunes : Le taux de chômage des moins de 25 ans campe au-dessus de 50% : c’est plus de deux fois la moyenne européenne. Enfin avec la crise le potentiel de croissance s’est abaissé. Parce que de nombreuses capacités de production ont été détruites, parce que de nombreux jeunes formés ont été contraints de partir. La croissance espagnole est actuellement de 2% en rythme annualisé et il semble bien que cela soit un maximum. A ce rythme-là, il faudra attendre le 1er trimestre 2018 pour voir le PIB restaurer son niveau d’avant crise. Pas sûr que cela soit un modèle pour l’Europe.

 

Alexandre Mirlicourtois, Espagne: miracle ou mirage ?,une vidéo Xerfi Canal TV


Publié le lundi 19 janvier 2015 . 3 min. 33

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