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Guerre commerciale : le point de vue de Trump

Publié le mercredi 11 juillet 2018 . 5 min. 00

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Plutôt que d’immédiatement s’enflammer dans une condamnation générale du protectionnisme version Trump, il serait plus utile de s’interroger sur les raisons qui poussent les Etats-Unis à s’engager dans une guerre commerciale.

 

Un déficit américain abyssal et géographiquement concentré


Il faut d’abord bien mesurer l’ampleur du déficit commercial américain : plus de 800 milliards de dollars à financer, l’équivalent de 4,2% du PIB. A titre de comparaison, la France, le cancre de l’Europe en la matière, affiche un solde négatif de 60 milliards d’euros, l’équivalent de 2,5% du PIB.

 

Ce déficit est ensuite géographiquement extrêmement concentré : il y a d’abord la Chine, qui écrase tout, avec qui les Etats-Unis ont un déficit bilatéral abyssal proche de 400 milliards. En d’autres termes, près d’un dollar sur deux perdu sur les marchés extérieurs a pour origine l’Empire du milieu. Suivent dans l’ordre, le Mexique, le Japon et l’Allemagne autour de 70 milliards de dollars chacun. Or, les États-Unis considèrent qu’il existe un « déséquilibre » commercial avec un pays tiers dès lors que celui-ci génère un déficit commercial supérieur à 20 milliards de dollars ce qui rajoute par ailleurs l’Irlande (plaque tournante de facturations) et la Corée du Sud à la liste. Ensemble ces 6 pays concentrent plus de 80% du déficit américain.


Autant de pays qui, d’après le gouvernement Trump, ne jouent pas le jeu du libre-échange. En d’autres termes, les dés sont pipés, ces économies actionnant à leur guise l’un des trois principaux leviers à leur disposition pour protéger leur économie de la concurrence étrangère, s’imposer sur les marchés extérieurs et dégager ainsi des excédents déloyaux. Parmi les armes utilisées, il y a d’abord les mesures tarifaires (autrement dit les droits de douanes). Viennent ensuite, les mesures non-tarifaires (comme les quotas) et enfin, 3- les mesures monétaires c’est-à-dire la manipulation des changes.

 

Les trois leviers protectionnistes des États


Sous l’angle tarifaire, rien à dire, les Etats-Unis font, ou faisaient, partis des pays les plus irréprochables. Selon les données de l’OMC, l’Argentine, le Brésil, l’Inde figurent parmi les économies les plus protectionnistes au monde avec des taux de droits de douanes supérieurs à 13%. La Chine n’est pas très loin derrière avec un taux légèrement inférieur à 10%, le Mexique est à 7. En fait, seule la place de la Corée-du Sud, en haut de tableau, détonne car les pays avancés, l’Europe, le Japon et les Etats-Unis, se situent bien plus bas. Si l’on comprend bien le courroux des Américains vis-à-vis de la Chine ou de la Corée, la violence de leurs reproches envers l’Union Européenne ou le Japon semble disproportionnée. En fait, il faut aller un peu plus dans le détail des grilles tarifaires car tous ces pays pratiques un protectionnisme ciblé. Et en Europe, les produits agricoles sont massivement protégés, notamment les produits laitiers à plus de 35% jusqu’aux produits d’origine animale ou de la pêche. Il ne s’agit en outre que de moyenne et des pics à plus de 100% sont appliqués sur certaines productions. In fine, l’Union européenne taxe l’ensemble des importations agricoles à 11,1% quand les Etats-Unis sont à 5,2%, c’est environ deux fois moins, avec des pics sur certaines denrées qui demeurent très en deçà des extrêmes européennes. Taxer l’acier, l’aluminium parait donc pour les américains une riposte ciblé qui fait résonnance au le plan d’infrastructure, avec l’idée que la demande ainsi créée doit d’abord alimenter les carnets de commandes des entreprises installées sur le territoire.


Les mesures non-tarifaires sont, elles, beaucoup moins palpables et surtout multiformes. Cela peut aller de la mise en place de quotas, de subventions aux exportations, de normes techniques ou sanitaires ou de textes législatifs favorisant les entreprises nationales. Ce levier est actionné par tous les pays sans exception et même certainement plus par les Etats-Unis que d’autres. Si on se fie au décompte de l’OMC, les États-Unis imposaient 5 409 barrières non-tarifaires en 2017 contre 2 075 pour l’Europe.


Restent les mesures monétaires, c’est-à-dire les manipulations de changes. La guerre commerciale est aussi une guerre des changes. Parmi les grandes économies, la Chine est la plus souvent pointée du doigt car sa monnaie est encadrée et ne fluctue pas totalement librement : la remontée du yuan face au dollar depuis l’entrée de la Chine en décembre 2001 dans l’OMC a été très tardive et s’est déroulée par pallier uniquement après 2007 et depuis peu, le yuan se déprécie à nouveau, c’est une riposte à l’offensive protectionniste américaine.


Alors bien sûr, les manières de Trump agacent mais les américains ont aussi de quoi être agacés et il y a beaucoup de tartuferie dans le discours chinois, européen et japonais et tous de suivre le même adage : le libre-échange profite surtout à ceux qui n’y croient pas !


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