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Il y a des cadres heureux et très bien payés (mais pas tous !)

Publié le jeudi 12 septembre 2019 . 4 min. 29

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Quel bonheur d’être cadre ! Selon les dernières données de l’Apec la rémunération annuelle brute (fixe et variable) des cadres du privé a progressé de 4% entre 2016 et 2018 pour atteindre la valeur médiane de 50 000 euros annuels. C’est plus du double de la rémunération des employés ou des ouvriers. Selon l’Insee, leur taux de chômage s’est de son côté établi à 3,4% en moyenne en 2018 ce qui les situe au niveau du plein emploi alors que le taux de chômage pour l’ensemble de la population a été en moyenne de 9,1% cette même année avec un pic à 12,6% pour les ouvriers. Bref, les chiffres sont bons. C’est incontestable… mais ils demeurent fragiles néanmoins.

Qui sont les cadres ?

Le problème c’est qu’il y a, dès le début, un imbroglio statistique sur l’objet même observé : les cadres. Ils seraient ainsi aux alentours de 3 millions selon l’Apec, près de 5 millions pour l’Insee, et quelque chose entre les deux selon l’Agirc, l’ex-caisse complémentaire des retraites des cadres. Ces chiffres soulignent la difficulté à définir très précisément qui sont les cadres car c’est une notion floue qui ne renvoie pas nécessairement à une fonction de management ou de coordination d’équipes et recouvre d’autres critères, comme la technicité, le caractère intellectuel du métier. C’est une notion qui s’est aussi banalisée. Quelle que soit la source, la tendance est à la prolifération du statut cadre qui concerne aujourd’hui plus de 18% de la population en emploi contre moins de 8% au début des années 80. Un mur est d’ailleurs tombé le 1er janvier dernier, date à partir de laquelle les cadres n’ont plus eu de régime de retraite complémentaire spécifique. Comme tous les autres salariés du secteur privé, ils cotisent désormais à un régime unifié Agirc-Arco. Les chiffres de l’APEC ne couvrent dès lors qu’un champ restreint. Ensuite les moyennes ou les médianes ne restituent qu’imparfaitement une réalité multifacette. Car c’est le grand écart entre secteurs d’activité, régions et bien entendu entre les profils les plus convoités, les talents clés, les ressources rares et les profils plus standards.

Diverses disparités

Un premier indice sur le type de disparités est donné par l’écart entre la rémunération moyenne (55 000 euros) et médiane (50 000). Or, statistiquement, quand la médiane est inférieure à la moyenne, les inégalités se situent en haut de l’échelle. Cela est dû au fait qu’une toute petite part des cadres perçoivent un salaire très élevé, ce qui tire la moyenne vers le haut. Et si 80% des cadres perçoivent annuellement entre 36 et 83 000 euros bruts, 10% se situent au-delà de cette borne et c’est à l’intérieur même de ces 10% que les écarts sont les plus importants. L’étude de l’Insee sur les très hauts salaires du secteur privé donne une photo de l’ampleur des inégalités en haut de la distribution. Certes, elle remonte à 2010 mais les dernières données, même partielles, renforcent les traits qui se dessinent. Sachant que 95% des très hauts salaires sont des cadres ou des dirigeants salariés, elle délivre des ordres de grandeur assez robustes sur l’amplitude des inégalités en haut de la distribution chez les cadres. Et en moyenne, les très hauts salaires c’est-à-dire les 1% les mieux rémunérés perçoivent une rémunération 7 fois supérieure à celle de l’ensemble des salariés. Bref, la barre des 225 000 euros de rémunérations annuelles est explosée… un chiffre à comparer aux 10% des cadres qui gagnent moins de 36 000 euros. Les « happy few » travaillent le plus souvent dans des grands groupes internationaux ou leurs sous-traitants accrochés eux aussi par ricochet à la mondialisation, le plus souvent dans la finance ou le conseil. Ils ont des compétences rares et sont assis sur une véritable « rente ». Ils concentrent aussi entre leurs mains une part croissante des rémunérations. Enfin, les dynamiques moyennes de l’APEC, masquent par la force des choses le déclassement d’une partie des cadres contraints d’accepter des salaires au rabais au risque sinon de tomber dans la trappe à chômage, ou ceux qui sortent de la catégorie « cadre » et qui de fait n’appartiennent plus à l’échantillon. Les cadres sont incontestablement heureux en moyenne. Certains le sont beaucoup mais ils sont peu. Les autres le sont moins voire beaucoup moins et ils sont de plus en plus nombreux.


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