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La fracture territoriale : ces régions qui s’enfoncent dans la crise

Enregistré le mercredi 6 juillet 2016 . 4 min. 40

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi

 

Existe-t-il une fracture territoriale ? Pour le déterminer, j’ai choisi de mobiliser quatre indicateurs. Le premier c’est l’emploi dans la sphère principalement marchande (qui concerne principalement les postes salariés du secteur privé non-agricole). Depuis la récession de 2008, il n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant crise en France et reste écarté de son dernier pic de 2,5%. Ce n’est bien entendu qu’une moyenne. Ainsi, un trio a d’ores et déjà restauré et dépassé ses pics d’avant crise : la Corse, l’Occitanie (ex Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées…), et l’Ile de France.

 

Si la majorité des régions est proche de la moyenne nationale, cinq sont en revanche en très grandes difficultés : Bourgogne – Franche-Comté, Grand-Est, Centre-Val de Loire, Normandie et Hauts de France. Pour ces territoires, le niveau d’emploi est de 7 à 9% inférieur à qu’il était au 1er trimestre 2008. Géographiquement c’est très marqué le centre de gravité se situe au Nord et penche vers l’Est. La spécialisation sectorielle semble bien avoir une part de responsabilité dans ces évolutions très contrastées, car ce sont toutes des régions d’avantage orientées vers l’industrie et l’agriculture. C’est un fait, l’industrie représente en moyenne en France métropolitaine (hors Ile-de-France) à peine 14% de l’emploi total, c’est 17% en Bourgogne-Franche Comté, 16% ou presque en Normandie, dans le Grand-Est et le Centre-val de Loire et plus de 14% dans les Hauts de –France. Or, on le sait l’industrie est à la peine depuis de nombreuses années et la tendance s’est renforcée après 2008.

 

Au-delà de l’opposition industrie/services, la crise a d’abord frappé les territoires déjà sur le déclin ; les anciens bastions de l’industrie automobile, textiles, mécaniques ou sidérurgiques sont les premières victimes. Un bref retour, sur le dernier graphique, la région Auvergne-Rhône-Alpes, fait partie des plus industrielle et fait partie des territoires les plus dynamiques. Un simple graphique suffit pour comprendre pourquoi, celui du PIB par emploi. Alors que toutes les régions industrielles se situent sous la moyenne nationale (hors Ile de France toujours), une région industrielle se démarque avec un chiffre nettement au-dessus, l’Auvergne-Rhône-Alpes, signe d’une spécialisation sur les productions à plus forte valeur ajoutée, les moins exposées à la concurrence internationale, donc les plus résistantes. Second marqueur du déclassement, l’évolution de la population. On le sait, la démographie française est l’une des plus dynamiques d’Europe avec une population en hausse de 0,5% en moyenne par an sur les 10 dernières années.

 

Mais là aussi, il y a de fortes disparités entre les territoires si bien que le poids de certaines régions diminue: hors PACA qui fait partie du lot des perdants, ce sont exactement les mêmes régions qui ont le plus souffert en matière d’emploi qui se retrouvent avec la dynamique démographique la plus lente. C’est normal, le manque d’emploi dans certaines zones contraints les habitants à rechercher ailleurs le travail qui fait défaut chez eux. Et c’est le serpent qui se mord la queue. Les apports migratoires se concentrent là où l’activité est la plus dynamique, ce qui génère des emplois qui génèrent de l’activité, qui génère des emplois, etc. Très naturellement le troisième indicateur est donc celui des PIB régionaux.

 

Depuis 2007, les écarts se creusent et une fois de plus, les 5 mêmes régions font moins bien que la moyenne nationale (toujours sans l’Ile de France) auxquelles s’ajoute cette fois-ci, la Bretagne.. Le quatrième juge de paix est plus étonnant, c’est celui de de la dynamique immobilière. Non pas en termes de prix mais en termes de transactions. L’idée est simple c’est de comparer la situation actuelle par rapport à la moyenne observée entre 2004 et 2007, une période faste pour l’immobilier. Si aucun marché n’est totalement parvenu à rétablir ses performances, une cassure très nette sépare les régions : d’un côté, celles qui sont sur le point de retrouver leurs pics (autrement dit dont les niveaux de transactions actuels représentent plus de 90% de ceux de la période 2004-2007), toutes situées sur la façade Atlantique, méditerranéenne auxquelles se greffe la région Auvergne-Rhône-Alpes. De l’autre côté, celles dont le niveau de transactions sont nettement inférieures à leurs sommets. Une fois de plus les 5 mêmes régions sont en retard avec l’Ile-de-France. C’est très nette, 5 régions (Normandie, Centre-Val de Loire, Bourgogne Franche Comté, Grand Est, Hauts de France) décrochent actuellement quelques soient le critère retenu.

 

Alexandre Mirlicourtois, La fracture territoriale : ces régions qui s’enfoncent dans la crise, une vidéo Xerfi Canal TV


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