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La guerre économique entre pays avancés : Etats-Unis, Europe, Japon

Publié le mercredi 27 septembre 2017 . 4 min. 10

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Refouler, chez les autres, sa déflation. Gagner, sur les autres, des parts de marché. Cela semble être plus que jamais le maitre mot des politiques nationales. Une poussée de fièvre qui s’explique par le décalage persistant entre l’offre et la demande mondiale, qui piège les principales économies dans un jeu concurrentiel déflationniste et intensifie la guerre économique entre pays avancés.


Que ce soit au Japon, en zone euro ou aux Etats-Unis, la tendance de fond de l’évolution des prix est inférieure à 2% sur un an, cible pourtant souhaitée par la plupart des banques centrales. Et au grand jeu des politiques non coopératives, tout l’arsenal économique est aujourd’hui déployé, y compris la menace.


C’est oublié, mais les propos de Donald Trump peu avant son investiture étaient sans équivoque. En substance, il avait déclaré son indifférence totale au fait que les Européens soient unis ou non, salué le Brexit, pronostiqué d'autres "exits" en chaine, dénoncé le fonctionnement de l’Europe au service de la puissance allemande, et menacé l’Allemagne de représailles commerciales sur l’automobile… Le ton était donné.


La course au moins disant fiscal


Trois grands axes d’attaque se dessinent. Le premier, c'est celui de la concurrence fiscale. Le taux de l’IS n’a cessé de se réduire dans les pays riches. Il est passé de 32,4% au début des années 2000 à 24,7% en 2014, et il devrait descendre à 23,2% en 2018 selon les estimations de l’OCDE. Il suffit de regarder l’évolution comparée de l’IS moyen de l’UE et de celui des États-Unis pour comprendre qui a lancé les hostilités. Et ce que les Européens vivent comme étant un dysfonctionnement interne de leur zone, rongeant peu à peu les États qui la composent, est aussi un problème pour le reste du monde.


Six pays européens (Hongrie, Royaume-Uni, Italie, Luxembourg, Norvège, Slovaquie) ont réduit leur fiscalité sur les entreprises en 2017. Quant à la France et l’Estonie, les réformes sont à venir. Mais on peut aussi évoquer l’évaporation fiscale des profits des GAFA hébergés en Irlande, aux Pays-Bas ou au Luxembourg, ou le recyclage opaque de l’excédent européen via sa constellation de paradis fiscaux. On comprend alors la volonté de l’administration Trump de ramener l’IS à 15%, et pourquoi le Japon a d’ores et déjà emboité le pas aux pays européens.


Gagner en compétitivité grâce à la monnaie et aux salaires


Autre arme, le taux de change. Il s'agit de déprécier sa monnaie pour gagner en compétitivité. Le Japon est passé maître en la matière. Depuis 18 mois, réunion après réunion, la BOJ maintient son objectif de taux à court terme en territoire négatif autour de -0,05%, et laisse inchangée sa promesse de piloter le taux de rendement des obligations à dix ans autour de zéro grâce à des rachats d'actifs. La tendance à la hausse du yen a ainsi été enrayée et depuis son dernier pic d’aout 2016, la monnaie japonaise a cédé près de 9% par rapport à un panier de devises représentatives de ses échanges extérieurs.


Troisième front, le coût et le droit du travail. L’objectif, gagner en compétitivité en abaissant les coûts et en accroissant la flexibilité du marché de l’emploi. Côté européen, c’est l’Espagne qui tape le plus durement avec un coût salarial unitaire - c’est-à-dire le coût d’un salarié rapporté à sa production - qui ne progresse plus, voire qui recule. En dehors de l’Europe, c’est au Japon que la pression est la plus forte. Deux cas extrêmes qui poussent néanmoins les autres pays à entrer dans le jeu de la déflation salariale.


Les mesures protectionnistes sont également de la partie pour certains. La concurrence est donc totale, plus intense que par le passé, et encore, il faudrait maintenant ingérer un nouveau front, la guerre de l’automatisation.

 

Alexandre Mirlicourtois, La guerre économique entre pays avancés : Etats-Unis, Europe, Japon, une vidéo Xerfi Canal Economie.


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