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La longue décadence de l'économie italienne

Publié le mercredi 14 mars 2018 . 4 min. 26

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"Miracle économique". L’expression a perdu depuis longtemps son étiquette made in Italy. Pourtant, son apparition date des années 60 pour décrire le fantastique essor de l’économie italienne de l’après-guerre jusqu’au premier choc pétrolier.


Des années hors-du commun : le PIB progresse de 6,1% par an en moyenne dans les années 50, et encore de 5,7% par an dans les années 60. La France des Trente Glorieuses fait moins bien sur cette période. Et en à peine 30 ans, l’Italie se hisse ainsi au niveau des nations les plus industrialisées, rattrapant et dépassant même le Royaume-Uni au milieu des années 70.


Quand l'Italie était le modèle à suivre


Les revenus des italiens suivent le mouvement, tant en valeurs absolues que relatives. Si bien que le PIB par tête se rapproche dans les années 80-90 de celui des Français, et les niveaux de vie sont finalement assez proches des deux côtés des Alpes.


Le succès de l’Italie est tel qu’à la fin des années 90, la France lance la politique des "Systèmes Productifs Locaux", calée sur les districts industriels italiens. Ce modèle d’agglomération composé d’une nébuleuse de PME qui fonctionnent en réseau sur leur territoire, à la fois concurrentes et coopérantes, et qui chassent en meute en dehors du territoire. L’Italie, c’était alors le modèle à suivre.


D’ailleurs dans un dernier coup de rein, elle réussit à satisfaire les critères de Maastricht et participe dès l’origine au premier groupe de pays qui adoptent l’euro.


La rupture du modèle de croissance italien


Vingt ans après, il y a bien longtemps que l’économie britannique a repris le commandement, et que les Français sont repassés devant l'Italie en termes de croissance. La rupture intervient peu après 2001 : l’industrie italienne cède alors beaucoup de terrain. Certes, il y a une courte parenthèse entre 2007 et 2008 au moment où l’activité est portée par l’effervescence de la croissance mondiale, mais c’est le chant du cygne. Fin 2017, le niveau de production est revenu à son niveau de 1987.


Si l’Europe entière plie, l’Italie rompt carrément. Le revenu par tête, qui convergeait très rapidement vers celui des Français, s’en écarte brutalement. Il faut revenir à l’ADN même du modèle italien pour comprendre. Son succès s’est longtemps articulé autour de quatre clés de voute : salaires bas, monnaie faible, politique industrielle pilotée par l’Etat, et dynamisme des PME (notamment dans les secteurs traditionnels du textile, de la chaussure, du cuir, du meuble, du bois mais aussi de l’industrie mécanique).


Profitant d’une armée de réserve située au Sud très agraire - entre 1955 et 1971 les flux migratoires interrégionaux ont concerné plus de 9 millions de personnes -, le développement de l’Industrie au Nord s’est déroulé au prix de salaires écrasés, dont la progression a été beaucoup moins rapide que la productivité. Cela a été la première source de la compétitivité transalpine et elle est complètement épuisée.


Autre facteur clé, la monnaie. La lire a été une arme, or la dérive inflationniste suivie d’une dévaluation de la monnaie n’est plus dans la boite à outils depuis le passage à l’euro.


La déliquescence du tissu industriel et de PME


Quant à la politique industrielle, la productivité est plate depuis plus de 15 ans et l’Italie est incapable de dégager les marges de manœuvre pour inverser la tendance. L’Etat a longtemps été à la manœuvre dans la sidérurgie, la construction navale et le ferroviaire, des secteurs structurants et des filières d’entrainement aujourd’hui privatisés, parfois passés sous pavillon étranger et le plus souvent en perte de vitesse.


Enfin, il reste le tissu de PME. La grande entreprise, c’est l’exception en Italie, l’Etat ayant tout fait pour assister les petites entreprises et transformer le pays en un artisanat organisé. La grande question est de savoir si ces structures locales peuvent s’imposer et servir de levier pour une trajectoire plus globale. Dans une économie à couts fixes, les entreprises de plus grandes tailles ont des prix plus bas que les autres et finissent par prendre le marché. Cette tendance forte, la concurrence des pays à bas coûts et la grande crise sont à l’origine d’une véritable hémorragie du tissu de PME dans l’industrie manufacturière depuis 2008.


Endettement public passé à 133% du PIB, montée des créances douteuses dans les banques, dépeuplement, et explosion des inégalités complètent la liste déjà longue des variables qui ont viré au rouge, faisant passer l’économie italienne du miracle à l’impasse.


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