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Le mal-logement régresse mais se transforme

Publié le lundi 23 avril 2018 . 4 min. 40

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Quatre millions de mal-logés en France. Ce chiffre repris dans la presse brosse le portrait d’un mal-logement endémique en France notamment depuis la crise de 2008. Ce diagnostic de la Fondation Abbé Pierre est pourtant à nuancer par les données de l’INSEE, dont le diagnostic, à l’opposé, est celui d’une amélioration constante des conditions de logements.

 

Avant d’aller plus loin, il faut revenir à la notion même du mal-logement qui s’articule autour de trois dimensions fondamentales : le fait de disposer de son propre toit, la taille de l’habitat et sa qualité.

 

Première dimension : la privation de logement. Les SDF en sont la partie émergée. Les personnes vivant dans des chambres d’hôtels ou hébergées par un tiers représentent, en fait, une masse bien plus importante. A cela s’ajoute, la population des bidonvilles. La DIHAL (c’est-à-dire la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement) comptabilisait fin 2017, 571 bidonvilles en métropole, ou « campements illicites » selon la terminologie officielle où vivent un peu moins de 15 000 personnes. Ce chiffre en recul en 2017, confirme la tendance à la baisse commencée en 2015. Malgré tout, le bloc constitué des personnes privées de logement personnel totalise près de 896 000 personnes, un chiffre quasiment stable sur les deux dernières années selon les données même de la Fondation Abbé Pierre.

 

Seconde dimension : la taille. Dans ce cas, être mal-logé c’est manquer d’espace. Pour le mesurer, il existe un indicateur de surpeuplement qui donne l’écart entre le nombre de pièces disponibles et le nombre de pièces considérées comme nécessaires, il est dit modéré quand il manque un pièce et accentué quand il en manque deux ou plus. Pour l’INSEE pas de doute, la tendance est à la baisse depuis 10 ans, une réduction qui s’explique à la fois par l’augmentation de la surface moyenne des logements et la baisse du nombre d’occupants par logement. Une analyse aux antipodes de celle réalisée par la Fondation Abbé Pierre qui alerte, elle, sur l’envolée du surpeuplement, notamment du surpeuplement accentué passé de 800 à 934 000 personnes entre 2015 et 2017. Entre les deux, un problème de méthodologie. Les chiffes de la Fondation Abbé Pierre s’appuient sur les résultats de l’Enquête logement des ménages de l’INSEE menées en 2006 et 2013 alors même que les questionnaires ont bougé et fragilisent les comparaisons dans le temps. Si l’on se réfère à une autre enquête de l’INSEE, sur les conditions de vie des ménages, il paraît plus correct de conclure que le nombre de personnes en surpeuplement est stable depuis 4 ans, alors même que le nombre de ménages a augmenté sur la période.

 

Reste la troisième dimension : la qualité de l’habitat. Un peu plus de 200 000 logements sont privés de l’un des trois éléments sanitaires de base (eau courante, WC intérieur et ni baignoire ni douche,). Il s’agit là d’une conception très restrictive de l’inconfort, mais c’est indiscutable la situation s’améliore, 39% des habitations étaient concernées en 1973, encore 15% en 1984, et 0,7% aujourd’hui.

 

Si l’orientation est bonne, il ne faut pas perdre de vue que la notion de conditions de logement est relative. Elle évolue avec les normes sociales et le niveau de vie. Ce qui compte c’est la distance qui sépare les mal-logés des normes de la société actuelle. Avec une vision plus extensive de la qualité, 3,4% des résidences principales présentent deux défauts graves de confort : cela concerne environ 970 000 logements, soit un peu moins de 2 millions de personnes, là aussi l’orientation est à la baisse. De fil en aiguille et en enlevant les personnes comptabilisées deux fois, la France compte environ 3,5 millions de personnes vivant dans de très mauvaises conditions. C’est plus ou moins l’équivalent de l’ensemble des populations de Paris, Lyon, Marseille. La tendance sur long terme est objectivement à la baisse et c’est tant mieux. Mais force est de constater que l’amélioration est devenue beaucoup trop lente et on comprend mieux l’urgence des politiques d’amélioration de l’habitat. Et il est vrai aussi que la problématique du mal logement se déplace.

 

Le mal logement régresse. Mais, cette régression a un prix. Avec la saturation des centres urbains, la gentrification, c’est la distance au lieu de travail qui sert de variable d’ajustement et cette dernière, elle, ne cesse d’augmenter depuis 20 ans.


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