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Voici trois critères décisifs pour comprendre le creusement des inégalités financières territoriales liées à la pandémie. Selon une note de l’Insee, un peu moins du quart des Français ont déclaré avoir subi une perte de revenus à l’issue du premier confinement. Une moyenne nationale qui ne rend pas compte de la diversité des situations selon les départements, avec des valeurs extrêmes s’étalant de 16,6% dans l’Orne à près de 34% en Seine-Saint-Denis, soit un rapport du simple au double.


Les inégalités de répartition des retraités sur le territoire


Premier facteur explicatif des écarts, la part de la population dont les ressources financières ont été totalement ou partiellement protégées, car issues des revenus de transferts. C’est le cas des 15 millions de retraités. Seuls 6% déclarent en effet que la situation financière de leurs ménages s’est dégradée contre plus de 29% pour les actifs. Si les pensions n’ont eu à subir aucun coup de rabot, le revenu des ménages dont la personne de référence est retraitée peut avoir été altéré si le conjoint encore en activité a été impacté par la crise ou si les autres types de ressources du foyer (rendements des placements mobiliers, immobiliers, par exemple) ont été comprimés par la crise. Mais cela reste très marginal.


Dès lors, les inégalités de répartition des retraités sur le territoire est la première clé permettant de comprendre le creusement des disparités géographiques, car les retraités qui représentent 27% de la population française sont répartis de manière très disparate : la Creuse, la Nièvre, l’Indre, le Lot où l’Aveyron où ils représentent plus de 35% de la population sont autant de départements dont la part des habitants déclarant une dégradation de leur situation financière est nettement inférieure à la moyenne nationale. À l’opposé, les territoires où les retraités représentent la plus faible part de la population locale, qui sont tous en France métropolitaine des départements de la région parisienne, ont été plus sévèrement impactés, excepté dans les Hauts de Seine.


Les écarts de taux de pauvreté entre départements


Deuxième critère, le taux de pauvreté, dont on sait qu’il s’enracine sur l’intermittence, les contrats courts les plus précaires, les moins bien protégés dans la crise. En excluant les retraités, parmi les 10% des ménages dont le niveau de vie était le plus faible avant la pandémie, près de 38% ont subi une dégradation de leur situation financière avec la crise. Cette part se réduit avec l’élévation des revenus pour se situer à 20,9% pour les 10% se situant en haut de l’échelle des niveaux de vie.


Le taux de pauvreté peut être pris comme un bon indicateur de la plus ou moins grande proportion d’habitants vivant avec un niveau de revenu inférieur au premier décile. En métropole, la pauvreté est la plus forte en Seine-Saint-Denis (17,5%), mais aussi dans le sud de l’Hexagone : en Haute-Corse (12,6%), dans l’Aude, dans les Pyrénées-Orientales ou encore dans le Gard et le Vaucluse, par exemple, avec un taux de pauvreté de 11,5%. Ce sont autant de territoires dont l’impact de la crise sur les revenus des habitants a été parmi les plus violents, entre 7 à 15 points supérieurs à la moyenne nationale : la fermeture complète de nombreux secteurs pendant près de deux mois a laissé sur le côté les travailleurs les plus précaires : CDD courts, intérimaires, saisonniers ou petits indépendants.


Les territoires où le télétravail est possible ont mieux résisté


Le troisième critère est le niveau de recours au chômage partiel en lien avec le type de spécialisation du territoire et la possibilité de maintenir un lien à l’emploi par le télétravail. Le recours au chômage partiel est un bon indicateur de la violence du choc économique encaissé et les départements où il a été le plus massif sont souvent ceux où les actifs déclarent avoir subi des pertes de revenus supérieures à la moyenne nationale : l’Aisne, les Alpes-Maritimes, la Savoie (qui a souffert de la fermeture des stations de ski), la Seine-Saint-Denis font partie du lot.


À l’opposé, les territoires où les métiers sont les plus facilement « télétravaillables » ont mieux résisté. Outre un nombre important de ménages aisés, c’est à Paris, dans les Hauts-de-Seine et dans les Yvelines que la part des personnes déclarant une dégradation de leur situation financière est la plus faible en Île-de-France, en dessous de la moyenne nationale. Autant de départements où le recours au télétravail a été massif, parce que les ménages sont équipés et que le nombre de cadres et professions intellectuelles supérieures y est élevé.


On serait tenté d’ajouter un quatrième facteur discriminant : celui de l’intensité de la crise sanitaire selon les territoires pour expliquer les creusements des inégalités. Mais force est de constater que ce lien n’existe pas.


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