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« Il y a trois sortes de mensonges, les mensonges, les gros mensonges et les statistiques », disait Mark Twain. En échos, l’histoire économique fourmille d’exemples, de grands falsificateurs.


L’ex-URSS, au sommet de l’Olympe


Au sommet de l’Olympe, l’ex-URSS. Dans sa rivalité avec les pays occidentaux, États-Unis en tête, la surestimation des chiffres de croissance devient une entreprise d’État, avec un paroxysme à la veille de la grande chute finale du système. Les données du CSU, l’office central de la statistique d’Union soviétique, montrent certes un ralentissement de la croissance au cours des années 80, mais rien de très alarmant. Après des années d’avance rapide, 18% de hausse du revenu national sur la période 1981-1985, ce n’est finalement pas si mal. Toutefois, les calculs de l’économiste russe Grigory Isaakovich Hanin donnent une tout autre vision : l’inflexion est la même, mais pas les rythmes, avec en fin de période une croissance qui s’est réduite comme peau de chagrin, 3% seulement. En cause, l’effondrement de la productivité au milieu des années 70 donc de l’efficacité du système qui conduira à sa perte.


Quand la Grèce manipulait son déficit public


La Grèce des années 2000 est également un cas d’école. Pour être éligible à l’euro, il lui faut respecter les critères de Maastricht, dont le fameux 3% de déficit public. Que faire quand ce n’est pas le cas ? Afficher résolument le contraire. Le déficit public est ainsi ramené en cinq ans uniquement de plus de 10 à 1,3% du PIB en 2000. La Grèce rejoint la zone euro le 1er janvier 2001 et en bonne élève ne dépasse jamais 2% de déficit jusqu’en 2003. La réalité est bien différente. En fait, à aucun moment la Grèce n’a cassé la barre des 3% et la situation se dégrade très vite à partir de 2001. Pour bien comprendre, il faut remonter au moment où le gouvernement grec a basculé dans la fuite en avant. Tout commence avec le 3e gouvernement Simitis qui inaugure les premiers maquillages des comptes avec la complicité de Goldman Sachs. Sans entrer dans les détails, cela a notamment permis à l’État grec de considérablement alléger le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts versés. L’idée d’une manipulation s’ébruite dès 2004, ce qui ne va pas empêcher Athènes de transférer une partie de la dette sur une banque privée en 2005. Le pot au rose est découvert fin 2009.


En Argentine, c’est l’indice des prix qui a été falsifié


Parmi les grandes escroqueries statistiques, l’inflation en Argentine est entrée dans les annales. La hausse des prix s’emballe en 2006, conséquence d’une politique monétaire particulièrement expansionniste. Or, l’indice des prix sert d’étalon pour revaloriser les pensions retraites ou les salaires. Pour la contrôler, le gouvernement subventionne certains produits et encadre l’évolution des prix. Mais rien n’y fait, l’inflation flirte avec les 12% courant 2006. C’est alors que la solution est trouvée : la prise de contrôle de l’INDEC (l’équivalent de l’INSEE), licenciement des personnes en charge du calcul et de la publication de l’inflation et modification de son calcul. Le taux d’inflation repart à la baisse pour passer très vite sous les 10%. Mais cela exaspère la population et les économistes indépendants qui publient leur propre indice : le chiffre double. La réplique ne tarde pas : en février 2011, les économistes ou institutions publiant leurs propres estimations de l’inflation sont menacés de sanctions financières, voire de peines de prison. L’histoire prend fin quand le FMI menace à son tour l’Argentine d’exclusion de l’institution. Un nouvel indice des prix est calculé, étrangement plus proche de l’officieux que de l’officiel.


La croissance turque interpelle


Les menaces, les sanctions, les révocations des personnels en charge des statistiques sont de bons indices de la falsification des chiffres et c’est bien pourquoi la croissance turque interpelle. La Turquie fait partie en effet du club très fermé des économies en croissance en 2020 à un niveau proche de celle de la Chine, malgré la chute de ses principaux partenaires, Europe en tête, malgré l’embargo informel instauré à l’été 2020 par l’Arabie saoudite sur les biens en provenance de Turquie. La chute de son secteur touristique, la mise en place de mesures sanitaires restrictives rien n’y fait. C’est dans ce contexte qu’est intervenue la nomination en janvier dernier d’un nouveau directeur à la tête de l’institut de statistique nationale, le quatrième en trois ans seulement, laissant planer un léger doute sur la sincérité des chiffres. Quant à la valse des gouverneurs à la tête de la banque centrale (3 changements depuis la mi-2019), elle semble plus indiquer de la fébrilité face à la situation économique que de la sérénité.


Et la Chine…


Impossible de ne pas évoquer la Chine. La rapidité de la sortie des chiffres de la croissance quelques jours seulement après la fin du trimestre de cet immense pays a de quoi surprendre, d’ailleurs aucune économie avancée n’en est capable. La qualité des prévisions officielles à la virgule près de la croissance effectivement constatée (exceptée en 2020) est aussi déconcertante, aucun gouvernement dans le monde ne fait mieux. Enfin, les révisions sont rares et de faibles ampleurs. Voilà de quoi relativiser un peu certaines données sans oublier ce que disait Churchill : « je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées ».


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