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Le remède aux déficiences du marché du travail a-t-il été trouvé ? La question se pose.


Germanisation du marché français


Avec plus d’un million d’emplois nets créés en 5 ans et un taux de chômage descendu à son plus bas niveau depuis 10 ans, les clignotants sont au vert. Ces chiffres globaux, on le sait, peuvent être des indicateurs fallacieux et masquer une réalité un peu moins rose. Mais là rien de tel : sur 10 emplois créés, plus de 9 le sont par le privé. Et il y a de moins en moins d’emplois aidés. Ce n’est donc pas du dopage public. Il est juste possible de déceler une certaine « germanisation » du marché du travail avec une montée des contrats en alternance et du nombre d’apprentis. Si leur contribution à l’amélioration générale est positive, ce n’est pas la plus déterminante compte tenu de leur poids.


Le bilan est plus mitigé sur la qualité des emplois. La part du temps partiel dans l’emploi est en net recul depuis 2014. Mais elle n’est pas encore revenue à son niveau d’avant-crise. Surtout, malgré la reprise des embauches en CDI, le taux de précarité mesuré comme étant la part des CDD et de l’intérim dans l’emploi total est à un sommet. La dérive semble toutefois enrayée depuis 2017.


Côté chômage, même en élargissant l’analyse à son halo, les chiffres sont bons : le nombre de demandeurs d’emplois des catégories A, B, C — qui regroupent les personnes à la recherche d’un emploi sans ou avec une activité réduite — diminue depuis plus d’un an.


Productivité et démographie : deux ruptures décisives


Pas de tour de passe-passe statistiques donc dans l’amélioration générale du marché du travail, mais deux ruptures.


La première, c’est la modification du lien croissance-emploi qui s’exprime à travers deux formules qui au fond disent la même chose : le ralentissement des gains de productivité du travail, ou, lorsque le ratio est inversé, la hausse du contenu en emploi de la croissance. Lorsque l’on mesure les gains de productivité tendanciels, sur 5 ans, c’est un fait, ces derniers se situent aujourd’hui nettement en dessous de 1% ce qui signifie que moins de 1% de croissance suffit à stabiliser l’emploi. Et c’est bien ce que l’on constate aujourd’hui, où la France continue à créer de l’emploi, alors même que la croissance navigue sur un rythme à peine supérieur à 1% depuis deux ans. Une tendance de fond qui s’explique par la montée en puissance des jobs morcelés de service à faible productivité, liés notamment aux services à la personne, à la logistique, au gardiennage et la facilitation de leur montée en puissance par l’assouplissement de la législation du travail.


Deuxième élément décisif, l’évolution démographique qui sous-tend celle de la population active. Or la population des 15-65 ans ou des 20-65 stagne voire recule depuis 2010 quand elle augmentait encore de 200 à 300 000 par an entre 2000 et 2008 et la tendance à la stagnation va s’inscrire dans la durée. Alors certes, le taux d’activité varie. L’offre de main-d’œuvre peut ainsi augmenter à population en âge de travailler constante, soit parce que la durée d’activité des seniors s’accroît, soit parce qu’il existe un effet de flexion des taux d’activité — c’est-à-dire le fait que les candidats à l’embauche augmentent lorsque le marché du travail retrouve un certain dynamisme. Néanmoins, en régime de croisière, il est clair que la hausse de la population active est bien moindre aujourd’hui qu’hier et cela pour longtemps compte tenu de l’arrière-plan démographique. En période de croissance, il faut aujourd’hui moins de 100 000 créations d’emplois pour diminuer le nombre de chômeurs quand il en fallait 200 à 300 000 dans les années 2000.


Alors bien entendu, les uns ou les autres vont mettre en avant soit le CICE, soit les reformes du marché du travail pour s’attribuer les mérites de la belle embellie de l’emploi. Or, cette tendance se constate partout en Europe, réformes ou pas. Epuisement des gains de productivité et démographie favorable sont en fait les deux éléments clés de l’amélioration du marché du travail.


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