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La grande récession a entrainé une grande rupture des performances économiques pays d’Europe centrale et Orientale. Le rythme de croissance y a été ainsi divisé par deux ou presque, passant de 4,3% en moyenne par an entre 1998 et 2008 à 2,4% depuis. Pour certaines économies, cela s’apparente même à une véritable descente aux enfers. C’est le cas de la Slovénie passé d’un taux de croissance annuel moyen de 4,2% à 0,7% seulement ou de la Roumanie passée de 5,4 à 2%. Mais le coup de frein est également très marqué en Hongrie, République tchèque, Bulgarie et finalement il n’y a guère que la Pologne, grâce à la puissance de son marché domestique, qui parvient quasiment à se tirer d’affaires avec une décélération moins brutale.


Bilan, les niveaux de vies des habitants de ces pays qui progressaient très rapidement vers les standards occidentaux, convergent désormais beaucoup plus lentement. Au cœur de ce désenchantement, le modèle même de développement de ces économies dont la force a été l’Allemagne et dont le talon d’Achille est devenu l’Allemagne.


L’Allemagne et l’économie de bazar


Pour comprendre, il faut faire un détour par l’histoire et la géographie. Après la chute de l’URSS, les pays d’Europe centrale ont rapidement rétabli les liens commerciaux avec l’Allemagne et l’Autriche, liens qui étaient déjà fortement développés avant la Seconde guerre mondiale. La Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie qui ont une frontière commune avec l’Allemagne et l’Autriche, ont d’avantage profité de cette évolution que les pays d’Europe orientale comme la Roumanie et la Bulgarie plus éloignés.


Proximité géographie, historique et culturel conjuguée à des coûts de production très bas ont permis la mise en place d’une véritable économie de bazar avec comme donneurs d’ordres l’Allemagne et les PECO comme sous-traitants. Ce rôle central de plateforme de l’Allemagne c’est dans l’ADN même du système productif des PECO et il n’a pas été modifié avec la grande récession.  A la fois premier fournisseur de ces pays, l’Allemagne représente toujours entre le quart et 30% environ des importations de la de la République tchèque, de la Pologne, ou de la Hongrie,  elle est aussi leur premier client, et de loin, et absorbe ainsi entre 28% et le tiers de leurs exportations.


Concurrence par les prix et pressions sur les salaires


Ce jeu-là a longtemps été gagnant-gagnant : les entreprises allemandes investissaient massivement dans ces nouveaux territoires, permettant à une industrie forte de se développer et de prendre son envol. A rebours, en ayant conservé les maillons de fabrication décisifs à plus forte valeur ajoutée et d’assemblage, les industriels allemands importaient des composants ou de modules très bons marchés consolidant ainsi leur compétitivité pour renforcer leur emprise sur l’industrie européenne et mondiale. Là où le bât blesse, c’est que la concurrence par les prix devient de plus en plus rude, même pour les industriels allemands. C’est un jeu de domino où la pression est mise sur tous les coûts de production et en bout de chaine sur les salaires dans les PECO. C’est ici que se situe la grande cassure. Juste avant la grande récession, entre 2004 et 2008, le salaire horaire progressait de 11% en moyenne par an de quoi assurer un essor rapide de la consommation. Depuis 2008, la hausse est tombée à 3,3%.


Ni les écarts de productivité, ni surtout son évolution par rapport aux salaires ne peuvent expliquer un tel retournement avec en sus de profondes inégalités. Le modèle de développement des PECO n’a pas été transformé par la grande récession mais il a été poussé à bout. Compression des marges, modération salariale sont à la racine du mal de ces pays passés sous domination allemande et il est difficile de percevoir comment la tendance pourrait s’inverser à court terme au moment où l’industrie allemande flirte avec la récession.


Publié le mercredi 16 janvier 2019 . 4 min. 11

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