Zone euro : l'intenable fracture Nord-Sud
Publié le jeudi 13 février 2014 . 4 min. 24
Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi
La fracture entre le Nord et le Sud de la zone euro s'est-elle réduite? Pour le déterminer, j'ai choisi cinq critères : le niveau du PIB, l'évolution des comptes extérieurs, la situation du marché de l'emploi, le niveau relatif des taux d'intérêt et la situation des finances publiques. Par « Nord de la zone euro » j'entends, l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique et les Pays Bas. Par le Sud, j'entends l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Grèce.
1. Regardons le premier critère, celui du PIB en niveau. Du côté du Nord, la richesse créée est à un sommet. Du côté du Sud, en revanche, les dégâts de la récession et de la reprise avortée de 2010 sont encore bien là avec un PIB inférieur de 9% à son pic d'avant crise. Bilan, fin 2013, jamais l'écart entre les deux zones n'a été aussi important.
2. Second critère, les comptes extérieurs. Le Nord continue d'engranger de confortables excédents courants. Le solde a été propulsé au-delà de 250 milliards d'euros en 2013, selon nos estimations. C'est son record historique. Mais, malgré cette performance le fossé s'est réduit avec le Sud qui est passé d'un déficit abyssal à un léger excédent. En revanche il existe bel et bien une ligne de fracture dans la manière dont se forme cet excédent. Dans le Nord c'est avant tout le dynamisme des exportations qui fait les bonnes performances. Dans le Sud, la réduction des importations joue un rôle déterminant dans l'embellie. Une embellie extérieure qui repose donc en partie sur l'effet mécanique de l'étranglement de la demande domestique sur les importations.
3. Troisième critère, l'état du marché du travail. Pour prendre toute la mesure du sous-emploi, de la casse humaine et sociale des économies, regardons le chômage. Il est au plus bas dans la partie Nord, à 5,5% de la population active. Il est au plus haut dans la partie Sud, à plus de 18,5%. Un écart de 13 points. C'est du jamais vu. Mais le désastre est encore plus saisissant lorsque l'on se focalise sur l'emploi des jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans est de 9,5% dans le nord contre 47% dans le sud. Un gouffre sépare les deux zones, et il n'a jamais été aussi important.
4. Les conditions d'emprunts des Etats maintenant. Mesurées par le « superspread », les tensions se sont atténuées entre le Nord et le Sud. Mais le « superspread » c'est quoi au juste ? C'est la moyenne des différentiels de taux d'intérêt sur la dette souveraine espagnole, italienne, ou portugaise par rapport à la dette publique allemande. Il est au plus bas depuis le début de la crise signe de l'apaisement des craintes des marchés sur la stabilité financière de la zone euro. Mais, les taux exigés au Sud sont toujours supérieurs à la croissance nominale ce qui entraine encore une hausse spontanée et potentiellement cumulative de l'endettement.
5. Et c'est le cinquième point. L'endettement public est maîtrisé dans le Nord mais reste potentiellement explosif dans le Sud où il se rapproche de 100%. Si l'endettement se stabilise depuis peu, ce n'est que sous l'effet des aides, de la cession d'actifs et d'une ponction pénalisante sur les agents privés.
Mais attention, l'écartèlement de la zone euro est à son comble. Autrement dit les risques sociaux et politiques sont à leur comble. Pendant ce temps, l'euro, lui, a renforcé sa crédibilité technique et son niveau, mais au prix d'une divergence qui menace toujours plus l'intégrité de la zone euro. Et dans cet Europe écartelée la France doit trouver sont intérêt et sa voix. Cela sera ni celle du sud ni celle du Nord.
Alexandre Mirlicourtois, Zone euro : l'intenable fracture Nord-Sud, une vidéo Xerfi Canal
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