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17/01/201803:58

L’économie allemande se retrouve aujourd’hui avec une équation autrement plus difficile à résoudre que ces dernières années. Il y a d’abord les attentes des salariés qui veulent obtenir les dividendes de leurs sacrifices passés. C’est parfaitement exprimé dans les revendications d’IG Metall pour la branche métallurgie. L’organisation exige pour les 3,9 millions d’employés concernés une hausse de salaire de 6%, quand la fédération patronale propose 2,35%.


Premier blocage : les négociations sur le temps de travail


Mais la vraie pomme de discorde n’est pas là, elle est sur le temps de travail. Le syndicat réclame le passage de 35 à 28 heures de travail hebdomadaire pour ceux qui le souhaitent, avec une compensation partielle du manque à gagner par l’employeur. La formule, limitée à deux ans, prévoit aussi l’assurance de revenir à un plein temps en fin de période. En face, l’opposition patronale est totale et c’est l’impasse. Car de deux chose l’une. Ou le conflit s’enlise et c’est une désorganisation de la production d’autant plus profonde que les entreprises tournent déjà à plein régime. Ou le patronat cède, et c’est le risque de voir se dégrader les marges bénéficiaires et la compétitivité du made in Germany.


A cela s’ajoute les effets d’entrainement sur les syndicats des autres branches, qui vont à leur tour entrer en négociations. Il ne faut pas perdre de vue non plus que seuls 50% des salariés sont couverts par les conventions collectives et que le marché du travail est à deux vitesses.


Deuxième blocage : le virage nationaliste des PECO


Le deuxième point de blocage potentiel vient de la fragilisation à venir des relations avec les PECO, devenus au fil du temps l’Hinterland productif des industriels allemands, et la source principale de leur compétitivité. Ce rôle central de plateforme de l’Allemagne vis-à-vis de ses satellites se lit d’ailleurs très bien à travers la place qu’elle occupe dans les échanges extérieurs de la région : à la fois premier fournisseur de ces pays (l’Allemagne représente entre le tiers et le quart environ des importations de la Pologne, de la République Tchèque ou de la Hongrie), elle est aussi leur premier client, de loin, et représente plus du quart de leurs exportations en moyenne.


Autant de pays qui sont aujourd’hui aux mains de gouvernements de droite dure voire extrême. Ce virage ne va sans poser de sérieux problèmes. Au-delà de leur xénophobie et de leur nationalisme outrancier, ces nouveaux partis au pouvoir partagent la même haine de l’Union Européenne, de ses lois et de ses réglementations. Cet Hinterland devient de la sorte de moins en moins fréquentable, et de plus en plus susceptible de s’émanciper de sa vassalisation de fait, pour affirmer ses intérêts propres au détriment de l’Allemagne.


Troisième blocage : la fragilité politique de Merkel


Le troisième point de blocage est politique. Angela Merkel est sortie affaiblie des dernières élections. Son  alliance fragile avec les sociaux-démocrates la fragilise et ouvre la course à sa succession à la tête de son propre parti, qui se déroulera sous son quatrième mandat. L’Allemagne rentre donc dans une zone de turbulences politiques, qui tend généralement à figer le monde des affaires.


L’Allemagne est sortie de la gestion de la rente Schröder. Et dans un environnement compliqué s'ouvre l’ère de la tractation politique et sociale et de la distribution de la rente. Cette évolution n’est pas nécessairement négative pour la croissance à court terme. La belle cohérence du modèle allemand pourrait aussi s’effriter, ce qui pourrait rééquilibrer les rapports de force en Europe. Mais gare au retour de bâton d’un pays qui a toujours démontré par le passé sa capacité à se remettre sur les rails, et qui lancera les hostilités d’abord sur le champ de la politique monétaire.


Mots clés : Europe / Zone euroCompétitivitéCroissanceAllemagnePECOAngela Merkel

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