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04/06/201205:05

Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur des études de Xerfi

Le revirement est spectaculaire. Il y a peu, le pétrole fluctuait dans la fourchette étroite de 120-125 dollars le baril. Aujourd’hui, il tourne autour des 110 dollars. Même constat pour les métaux. La tonne de cuivre qui s’échangeait environ 8 500 dollars début mai est passée sous la barre des 8 000 dollars deux semaines plus tard, cédant plus de 9% de sa valeur. Moins financiarisé, donc moins spéculatif, l'aluminium a mieux résisté mais a passé l’essentiel du mois de mai sous les 2 000 dollars la tonne pour finalement baisser d’un peu plus de 3,4%. Même les matières premières agricoles n’ont pas échappé à la pression. Au final, tout cela ressemble fort à un retournement général de tendance des cours des matières premières. Pourtant, la situation est encore très instable et les jeux ne sont pas faits. Un exemple : celui du blé. Le boisseau a quasiment touché son point le plus bas depuis le début de l’année le 11 mai, à 5,91 dollars le boisseau. Quelques jours plus tard, il flirtait à nouveau avec les 7 dollars. C’est un bond de plus de 18%. En fait, les craintes d'une sécheresse en Russie ont ravivé les craintes sur l'approvisionnement du marché. De plus, le blé était déjà très surveillé par les investisseurs, alors que l'USDA (l’équivalent américain du ministère de l’agriculture) avait prévu une récolte ukrainienne divisée par deux. Difficile dans ces conditions d’établir des prévisions solides sur l’évolution des cours des matières premières agricoles. Les mouvements sont de fait bien trop erratiques. Pour tenter de séparer le bon grain de l’ivraie et distinguer les tendances fortes des mouvements purement spéculatifs, il faut donc s’accrocher aux fondamentaux. Des fondamentaux qui reposent sur trois éléments. Le premier, c’est la demande mondiale de produits agricoles qui progresse, conséquence de la hausse de la population mondiale. Le deuxième, c’est la demande mondiale qui se transforme. Elle se transforme d’abord sous l’effet du changement des habitudes alimentaires avec l’apparition d’une classe moyenne dans les pays émergents. La viande occupe notamment une place de plus en plus importante. Ce qui nécessite plus de céréales. La demande mondiale se transforme aussi en raison de la place grandissante des cultures destinées aux agro-carburants. Enfin, troisième élément : la production peine à suivre et selon les années les stocks sont aux plus bas. Alors bien sûr, les caprices de la météo, les rapports du ministère américain de l’agriculture, les embargos ou leurs levées entraineront des mouvements erratiques mais autour d’une tendance haussière. Même constat sur les métaux. La panique sur le marché des métaux reste exagérée. Certes, il n’y a plus de doutes, la zone euro va être en dépression en 2012. Mais, elle n’entraînera pas le monde dans sa chute. Cela lui coûtera tout au plus 1% de croissance. C’est un choc important mais pas assez pour que le monde file droit vers la récession. Pour faire bref, la demande de cuivre, d’aluminium, de zinc ou de nickel va continuer d’augmenter. Et la correction actuelle des cours est peut-être l’occasion à saisir pour acheter. Ce sont les mêmes craintes autour de l’Europe qui ont fait flancher le cours du brut. En se basant sur les exemples historiques de la Thaïlande, de la Malaisie ou de l’Indonésie, Bank of America Merrill Lynch estime que la dévaluation brutale d’une monnaie fait chuter d’un tiers la consommation de pétrole du pays. C’est ce qui se passerait pour la Grèce si elle abandonnait l’euro. Tout comme pour l’Espagne ou l’Italie. Le scénario noir d’un éclatement total de la zone se traduirait par 2 millions de barils jours en moins consommés et un prix du baril qui camperait à 60 dollars pendant deux ans, selon ces experts. Ce n’est pas notre scénario. Car même si cette hypothèse gagne du terrain, l’éclatement de la zone euro n’est pas le plus probable. Ensuite, ce ne sont que des conjectures. En revanche, ce qui est certain, c’est que la demande des émergents, elle, continue de progresser et fait plus que compenser les reculs enregistrés ici ou là dans les pays occidentaux. Courant mai, l'Agence internationale de l'énergie a ainsi révisé en légère hausse sa prévision de demande mondiale de pétrole pour 2012, à 90 millions de barils jour. C’est une hausse de 1,2% par rapport à 2011. Et d’insister : la Chine à elle seule devrait représenter la moitié de la hausse mondiale cette année. Autre certitude, l’embargo sur les importations de pétrole iranien à compter du 1er juillet va créer des tensions sur l’offre. Selon notre scénario, le prix du Brent, toucherait un point bas en juin avec une moyenne de 110 dollars le baril. Mais fin 2012, il serait plus proche des 125 dollars le baril que des 60. La météo pour le domaine agricole, les craintes de l’éclatement de la zone euro pour ceux de l’énergie ou des métaux sont autant de facteurs de peurs. Des facteurs qui introduisent beaucoup d’instabilité. Mais une chose est sûr, le contexte est bien celui de prix durablement élevés des matières premières.

Alexandre Mirlicourtois, Matières premières : pourquoi les prix vont repartir, une vidéo Xerfi Canal


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