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Commerce extérieur : 20 ans de descente aux enfers

Publié le jeudi 25 juin 2015 . 5 min. 18

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On l’a oublié, mais le commerce extérieur français n’a pas toujours été déficitaire. La preuve. Si le début des années 90 commence mal, le solde se redresse rapidement, atteint l’équilibre en 1992, et redevient positif en 1993. Il faut remonter avant le premier choc pétrolier de 1973 pour trouver un tel niveau ! Ce rétablissement spectaculaire de 1993 est justement lié au contrechoc pétrolier qui contracte le déficit énergétique de 20% en deux ans. La panne de la demande intérieure entraine aussi celle des importations, qui reculent de 12% : cela contribue au redressement du solde extérieur.  Il faut ajouter à ce tableau la reconquête des marchés extérieurs : encore déficitaire de 5 milliards d’euros en 1991, le solde des produits manufacturés passe au vert en 1993 (+2 milliards). Pourtant des premières digues se fissurent déjà. L’habillement en équilibre précaire depuis le milieu des années 80 chute et devient déficitaire. Après la crise, la courbe poursuit son ascension, les excédents s’accumulent pour atteindre le record absolu de 24 milliards d’euros en 1997. C’est un record, qui passe inaperçu à l’époque, mais c’est un record qui tient toujours aujourd’hui. Et ce sont les excédents industriels qui explosent tous les compteurs : 25,2 milliards d’euros !  La France est alors triomphante dans l’automobile tandis que l’excédent de la branche « matériel de transport terrestre » est multiplié par deux en un an pour se propulser à plus de 10 milliards d’euros. Succès d’Airbus aidant, les résultats du secteur des « biens d’équipements professionnels » s’envolent eux aussi et atteignent quasiment 15 milliards d’euros. Même le déficit de l’électronique grand public se réduit et repasse sous la barre du milliard d’euros. Le couple agriculture-agroalimentaire parachève ce succès général du « made in France ». Seule ombre à ce tableau, la déconfiture de la filière textile qui plonge à plus de 8 milliards de déficit. Voilà pour 1997.  Mais le millésime 98 ne sera pas un aussi bon cru. A l’époque, les économistes accusent la crise asiatique.  Le hic c’est que ce décrochage va se poursuivre jusqu’à l’an 2000. Le solde commercial redevient déficitaire pour la 1ère fois depuis 8 ans. Le bref sursaut des 2001-2002 ne sera rémission. Ensuite, c’est la dégringolade sans fin du solde du commerce extérieur jusqu’à 2011. C’est un véritable précipice,  avec un déficit record de 75 milliards d’euros. Alors quelle explication ? Il y a d’abord un choc exogène. Le déficit pétrolier est multiplié par 2,5 avec la flambée du cours du brut qui passe de 25 à 111$ le baril. La facture est lourde : 50 milliards d’euros Il y a ensuite un choix politique constant de tous les gouvernements, qu’ils soient de gauche ou de droite : cajoler à tout prix le consommateur, mais aussi les distributeurs. Le revers de la médaille, c’est que l’on sacrifie les industriels. Bienvenue donc aux produits à bas prix, et vive les prix écrasés ! Le textile, l’habillement, le cuir et la chaussure deviennent un champ de ruine avec un trou de 18 milliards. Déjà déstabilisée dans les années 90, le secteur subit l’assaut décisif de la Chine après son entrée dans l’OMC en décembre 2001. L’électronique grand public est elle aussi emportée et perd 3 milliards d’euros à l’extérieur en 2011. Notre champion Thomson va ainsi être balayé. Mais ce sont aussi les choix stratégiques de plusieurs grands groupes qui sont en cause. Dans l’automobile, Renault rate le haut de gamme et s’oriente vers le low-cost : pas seulement pour les émergents, mais aussi pour réimporter vers la France et l’Europe occidentale. En 2007, la production auto française bascule, et devient déficitaire. En 2011 le trou s’est creusé à 6 milliards. Mais il y a plus ! D’autres bastions jugés imprenables vont tomber à leur tour. C’est le cas de l’industrie alimentaire qui subit les coups de boutoir des industriels allemands. L’alimentaire, le fameux pétrole vert de la France passe dans le rouge. Mais la descente aux enfers a heureusement une fin. Le déficit s’allège peu à peu à partir de 2012. Des mécanismes plus favorables se mettent peu à peu en place. D’abord le ralentissement de la demande intérieure qui limite les importations. Et puis en 2014, la divine surprise du contre-choc pétrolier et de la baisse de l’euro. Quant aux effets réels du CICE, les experts de savent pas trop. Mais la compétitive générale se redresse lentement, on devrait dire poussivement. Alors que reste-t-il de nos métiers d’excellence à l’export en 2015 : l’aéronautique bien sûr, les vins et spiritueux, la pharmacie, la chimie fine, parfums et cosmétique, la navigation de plaisance, et bien sûr les industries du luxe et de l’armement.

 

Le graphique Xerfi, Commerce extérieur : 20 ans de descente aux enfers, une vidéo Xerfi Canal TV


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