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Le clientélisme fiscal du budget 2013

Publié le lundi 29 octobre 2012 . 4 min. 11

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Xerfi Canal présente l'analyse de Jean-Michel Quatrepoint, journaliste-essayiste

La politique économique et fiscale du gouvernement Ayrault peut apparaître illisible, confuse, erronée. Elle n’en a pas moins sa logique, ou plutôt sa double logique. D’une part, tout faire pour maintenir la consommation. D’autre part, ne rien faire qui puisse peser sur le pouvoir d’achat des ménages les plus défavorisés. Le tout, bien sûr, en menant, sous la double férule de Berlin et de Bruxelles, une politique de désendettement et de réduction des déficits à marches forcées. 
Les socialistes se référent aux travaux de divers économistes keynésiens, qui estiment que la croissance française ne tient que par la consommation des ménages. À la différence de l’Allemagne, dont la croissance est tirée par les exportations. Pour conserver le peu de croissance qui nous reste et respecter les objectifs de réduction des déficits – les fameux 3 % ! – il ne faut donc pas augmenter la TVA et, si possible, ne pas toucher à la CSG. Du moins, à celle sur les revenus du travail. Pour trouver des recettes, les pouvoirs publics et Bercy, dont l’imagination fiscale est désormais totalement débridée, n’ont eu d’autres recours que de matraquer fiscalement tous ceux qui n’appartiennent pas aux classes populaires. Tous ceux qui gagnent plus que le salaire moyen : c’est-à-dire 1 600 euros par personne et par mois. 
Cette stratégie est désormais assumée. Même si, au sein du PS et de la gauche, un certain nombre de dirigeants pensent qu’elle mène le pays dans le mur, et que ce choix en faveur de la -ô combien- maigre consommation se fait au détriment d’une réforme en profondeur de notre pays. Car voilà quinze ans, et même vingt ans, que la France, que les élites françaises, ont choisi de privilégier la consommation plutôt que l’investissement, le court terme, plutôt que le long terme. 
Le résultat de cette politique est pourtant éloquent. C’est l’accumulation des déficits commerciaux (70 à 75 milliards cette année) et des déficits des transactions courantes (plus de 55 milliards d’euros). Des déficits qui symbolisent le choix en faveur de produits importés, moins chers, plutôt que de biens fabriqués sur le territoire. 
Le chômage de masse, la désindustrialisation, dont les socialistes ont pourtant pris conscience, ce sont aussi les conséquences directes de ce choix en faveur de la consommation de produits importés.
Alors on nous dit que lutter contre la désindustrialisation prendra du temps, que ce n’est pas aussi simple, que cela passe par la combinaison de multiples actions. C’est vrai. Voilà pourquoi il eut mieux valu prendre le problème à bras le corps, et faire les choix nécessaires, tout de suite : dans le budget 2013. Pour bien montrer à l’opinion que l’on s’attaquait aux problèmes de fond. Et une augmentation de la TVA – qu’il ne fallait surtout pas baptiser de TVA sociale – était le moyen, le symbole, dès lors que les sommes ainsi récupérées étaient en partie utilisées pour réduire les déficits, mais aussi et surtout pour réorienter notre appareil productif. 
On ne l’a pas fait, parce que ce gouvernement reste prisonnier d’une lecture primaire des évolutions économiques. On a choisi la consommation plutôt que l’investissement. On risque de n’avoir ni l’une, ni l’autre. 
On ne l’a pas fait, parce qu’en privilégiant la consommation, on s’imagine ne pas pénaliser les classes dites populaires. Sur fond de clientélisme électoral, cette gauche se donne bonne conscience en réservant les rares moyens encore disponibles à quelques fractions de la population. Et comme elle est impuissante à changer réellement le cours des choses dans le domaine économique, on multiplie les réformes sociétales. 
Au risque d’être en total décalage avec les désirs et les besoins d’une majorité de Français. Cette partie de la gauche n’a toujours pas compris que plus on matraquera les classes moyennes   et même ceux que l’on appelle les riches – moins il y aura d’argent pour relancer  l’investissement et l’ascenseur social. C’est le socialisme de la toise, qui risque de ravaler tout le monde vers le bas. 

Jean-Michel Quatrepoint, Le clientélisme fiscal du budget 2013, une vidéo Xerfi Canal


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