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16/05/201304:17

Xerfi Canal présente l'analyse de Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste-essayiste

La lutte contre les paradis fiscaux fait partie de ces serpents de mer que les dirigeants politiques ressortent régulièrement à l’usage des médias et de leurs électeurs. C’est dire que ces derniers nourrissent quelques doutes sur la volonté réelle des puissants de ce monde à s’attaquer au phénomène. Il est vrai que ces paradis se sont multipliés au fur et à mesure que l’économie se mondialisait et se financiarisait. Ils se sont multipliés, parce que l’optimisation fiscale est devenue la règle : pour tous ceux qui ont les moyens de se payer les conseils des spécialistes. Plus les États ont réglementé, taxé, et plus les entreprises et les riches particuliers ont cherché des échappatoires. Le tout finalement, avec la bénédiction tacite des pouvoirs politiques, sensibles aux arguments des lobbies en tout genres et des multinationales. Aussi, lorsque le G20, en 2009, a fait de la lutte contre les paradis fiscaux l’un de ses objectifs, beaucoup d’observateurs demeuraient sceptiques. Nous avions tort. Car les initiatives prises depuis quelques mois, au niveau de l’OCDE, du G7, du G20, mais aussi et surtout par les Anglo-Saxons, témoignent d’une véritable prise de conscience et d’une volonté d’agir. Enfin ! Cette fois, ce ne sont plus des paroles en l’air, mais des actes concrets. Ainsi, les États achètent et se procurent de diverses manières, des listes de clients des établissements financiers. En Suisse, mais aussi dans les principaux paradis fiscaux. Les Américains avaient déjà ciblé l’UBS. Mais ce sont les Anglais qui paraissent les plus en pointe. Il y a quelques mois, des dirigeants britanniques avaient fait discrètement savoir que leur présidence du G8 serait ainsi placée sous le signe de la lutte contre les paradis fiscaux. Ils ont d’ores et déjà acquis, avec les Américains et les Australiens, des listes de fraudeurs présumés. Les particuliers ne sont pas les seuls visés, mais aussi les intermédiaires, financiers et juristes, qui ont permis de telles évasions. Dans le même temps, le fisc britannique s’attaque aux multinationales américaines, comme Starbuck, dont les activités en Grande-Bretagne échappent peu ou prou à la taxation. Qu’un gouvernement conservateur s’attaque ainsi aux paradis fiscaux, dont beaucoup relèvent encore de la couronne britannique, peut étonner. N’est-ce pas suicidaire pour la City, le principal poumon de l’économie britannique ? La question mérite effectivement d’être posée. Mais David Cameron est d’abord un pragmatique. Tout comme Barack Obama, et les Allemands. Ainsi, plusieurs länders viennent de faire capoter un accord bilatéral germano-suisse visant à taxer les revenus des avoirs allemands en Suisse. Ces länders ont préféré acheter des listings de fraudeurs afin de pouvoir les poursuivre. Et de faire un exemple. Il est vrai que nécessité fait loi. Face à la crise, au chômage de masse, les gouvernements, de quelque bord qu’ils soient, commencent à comprendre qu’il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. Que l’on ne peut pas demander toujours plus de sacrifices au plus grand nombre, et laisser les plus riches – particuliers ou multinationales – échapper à l’impôt. Pour faire face à leurs déficits, à leurs dettes, les États vont donc chercher l’argent là où il est. C’est-à-dire sur les comptes que leurs ressortissants et leurs entreprises détiennent hors de chez eux. L’offensive contre les particuliers, détenteurs de comptes irréguliers à l’étranger ne fait aujourd’hui aucun doute. Reste à savoir si l’on va aller plus loin. S’attaquer au cœur du cœur, aux montages complexes des multinationales, dont l’évaporation fiscale accumulé se chiffre en milliers de milliards de dollars ? Reste à savoir si, au sein de l’Europe, et de la zone euro, on va enfin s’attaquer au dumping fiscal de pays comme l’Irlande et le Luxembourg ? Il faut lutter contre les paradis fiscaux de quelques uns, afin d’éviter l’enfer fiscal pour tous.

Jean-Michel Quatrepoint, Lutter contre les paradis, pour éviter l’enfer fiscal, une vidéo Xerfi Canal


Mots clés : EconomiePolitique économique

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