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Bourse : mini-krach, krach rampant ou Big One ?

Publié le jeudi 29 mars 2018 . 5 min. 11

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Alors que la reprise poursuit son cours sans faiblir, les bourses développées ont connu deux secousses depuis le début de l’année. Chacune de ces secousses, réveille l’inquiétude d’un vrai krach incontrôlé. C’est pourtant plutôt le scénario d’un krach rampant qui semble se profiler. Et ce n’est pas une mauvaise chose.


Prenons d’abord un peu de recul sur les évolutions récentes : les bourses développées, c’est d’abord un long et lent trend de récupération après le séisme de 2007-2008, avec des rythmes différents selon les pays. Si l’on regarde les plus récents pics des bourses avant les dernières rechutes et qu’on les compare avec les maxima atteints avant crise, le dernier pic américain du S&P 500 surplombe son record d’avant crise de 82,3 % ; Celui du Nikkei de 27,3 % ; Celui du Dax allemand, de 18,8 % ; celui du Footsie de 14,4%. Le CAC 40, lui, n’a jamais recollé, restant en retrait de 9,8 %. Ces écarts de performance entre les indices à moyen terme est singulière, au regard des précédents cycles. Elle est en ligne, une fois n’est pas coutume avec la vitesse de récupérations des économies réelles. Le cavalier seul américain de son côté, porte la marque du poids et de la performance remarquable des GAFAM et plus généralement du secteur du numérique dans l’indice.


Cette première mise en perspective, montre que c’est bien du côté américain que l’on peut craindre un grand décrochage : c’est là que la Bourse a le plus monté. C’est là que l’inflexion de la politique monétaire et le mouvement de normalisation des taux post QE est le plus avancé ; c’est là enfin que les tensions sur le marché du travail et les prix sont les plus palpables. Il y a là un cocktail risqué dont les opérateurs sont conscients… d’où l’hyper sensibilité à de petits signaux qui pourraient indiquer un repli moins ordonné que prévu du QE. D’où l’instabilité récente. Amplifiée de surcroît par le niveau atteint par certains multiples, notamment le rapport entre les cours et les profits des grandes boîtes cotées (le PER), qui incite à la prudence.

 

Regardons maintenant ce qui sous-tend les deux fléchissements récents des Bourses, celui de début février qualifié de mini krach, puis celui de mars. Pour l’heure les pertes restent contenues, aux alentours de 10-15 % par rapport aux pics les plus récents. Ça ne fait pas un vrai krach. L’impact en termes d’effets de richesse négatif reste vraiment de second ordre. Mais cela souligne que les bourses ne se laisseront pas enivrer par l’euphorie conjoncturelle. Comme toujours, il faut des catalyseurs. Lorsque l’on scrute la hiérarchie des pertes depuis les sommets de début d’année, il est clair que la crispation protectionniste des États-Unis, a joué un rôle clé dans le récent coup de mou. Les deux économies les plus exportatrices, autrement dit le Japon et l’Allemagne, sont les plus impactées. L’autre élément aggravant ce sont les récents déboires de Facebook en matière de protection des données. Dans le sillage du scandale Cambridge Analytica, Amazon, Apple, Netflix et Google sont particulièrement chahutés. Les marchés pressentent que leur modèle d’affaires comporte des gros éléments de vulnérabilité. En revanche, il est clair que la légère hausse des taux par la FED, n’a eu aucun effet déstabilisant. Il suffit de regarder l’évolution des taux longs, totalement insensibles à la décision de la FED, pour comprendre que cette inflexion était déjà intégrée dans les prix.


Au total, le coup de mou des marchés, ne témoigne en rien d’un déraillement des anticipations d’inflation ou de taux : la seule vraie cause qui pourrait avoir des retombées lourdes sur l’ensemble des prix d’actifs. Il témoigne d’abord d’un sentiment que les actions ne pourront pas monter beaucoup plus haut. Et les accidents à répétition auxquels on assiste, éloignent plutôt le risque d’un krach massif.  Cette instabilité boursière, tant qu’elle ne se double pas d’un credit crunch, n’a que des effets de second ordre sur l’activité réelle. Les krach de 87 ou de 2000, n’ont finalement eu que des effets de second ordre sur l’activité réelle comparées à la crise de 2007. Précisément pour cette raison. Au fond, cette hésitation des Bourses est une antidote à un cycle financier débridé, dont on sait comment il se finit.

 


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