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Croissance britannique : le modèle précaire

Publié le mardi 21 avril 2015 . 3 min. 35

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi

 

L’heure est arrivée pour David Cameron et Georges Osborne de rendre compte de leur bilan. Un travail de mise en valeur, où, la France sert souvent d’épouvantail et de faire valoir. Un procédé que l’exécutif surexploite pour faire contrefeu à la montée des travaillistes d’Ed Miliband. Je ne vais pas ici m’attarder sur l’évidence. Il est incontestable que l’économie britannique est non seulement repartie mais qu’elle crée des emplois en masse. Elle en a créé 1 million 600 mille depuis le point bas du troisième trimestre 2011 quand il stagnait en France. Sur ces deux plans, l’écart avec la France est manifeste. Et si le taux de chômage devait être le marqueur ultime de succès d’une politique, là encore, l’évolution des écarts parle d’elle-même. L’inflexion de la courbe est de l’autre côté de la Manche.

Ce succès a pourtant son revers. Mais contrairement à un discours rependu à tort, la baisse du chômage britannique n’est pas le fait d’un pur artifice. D’un usage abusif des contrats zéro heure, corvéables à merci, qui recouvriraient de toutes petites durées et sortiraient artificiellement les individus de la statistique du chômage. Une sorte d’équivalent aux minijobs allemands.Non, la composante de l’emploi qui a véritablement explosé, c’est celle des auto-entrepreneurs qui fin 2014, comptaient pour 2/3 des créations d’emploi depuis 2008. Une forme d’emploi qui a notamment explosé dans les secteurs des services aux entreprises, de la santé, de l’éducation, de l’information communication. Des secteurs à plutôt haute intensité intellectuelle donc. Autrement dit, la crise a étendu le champ de la précarité à des professions jusqu’ici plutôt épargnées, celle des cols blancs, avec des décotes de salaire extrêmement importantes, de plus de 20% par rapport à leur emploi d’origine.

Une évolution, qui pourrait être interprétée comme une nouvelle preuve de l’extrême flexibilité britannique, mais qui doit aussi être analysée dans une perspective de plus long terme. Car cette désocialisation au travail, ce modèle de freelance généralisé, associé à une baisse de revenu, à des horaires souvent atypiques, soit très faibles, soit très élevés, comporte de gros risques de dégradation du capital humain. Or c’est précisément ce à quoi fait écho l’évolution de la productivité britannique depuis 2005. Le Royaume-Uni, qui partait déjà d’un niveau faible par rapport à la France ou à l’Allemagne, a stoppé son mouvement de rattrapage. Elle réussait en 2013, avec 24 % d’heures travaillées de plus que la France à ne pas produire plus que cette dernière.

Et il suffit de prendre la mesure des déséquilibres commerciaux britanniques, ou plus globalement des transactions courantes, en comparaison de la France pour comprendre que le Royaume-Uni est confronté à un véritable problème de compétitivité et de faiblesse de ses moteurs de croissance à long terme.  Un problème très largement lié à sa stratégie d’emploi au rabais, qui consume de surcroît son assiette fiscale. Une évolution qui pourrait  marquer les limites de sa stratégie de concurrence fiscale, qui voile aujourd’hui bien des problèmes, mais peut à terme buter sur un véritable problème de soutenabilité financière.

 

 

Olivier Passet, Croissance britannique : le modèle précaire, une vidéo Xerfi Canal TV


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