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La sortie du confinement est devenue une certitude et la crainte d’un deuxième épisode de reconfinement généralisé s’éloigne même si la menace demeure latente après l’été. Cela change la donne, et c’est maintenant que l’on peut déceler la marque longue que laissera la crise sanitaire sur l’économie. Le début de la trajectoire de récupération de l’économie est décisif. C’est de lui que dépend la morsure qu’opérera l’activité sur l’emploi et notamment sur le noyau dur de l’emploi. Et plus cette morsure sera forte, plus cet ajustement participe à l’impossibilité d’un retour rapide de l’économie à son niveau initial. Jusqu’à maintenant, les CDI ont été protégés par le dispositif de chômage partiel. Ce dernier si l’on tient compte du fait que seules 73% des demandes aboutissent à des prises en charge effectives par l’État devrait culminer à 36% de l’emploi total et 48% de l’emploi marchand en sortie de confinement. L’enquête Acemo de mai confirme le comportement de rétention de la main-d’œuvre des entreprises : celles n’ayant pas diminué leurs effectifs couvraient près de 90% de la main-d’œuvre en mars et près de 87% en avril. 


L’emploi, variable d’ajustement incontournable


À ce stade, c’est essentiellement le volant des 1,2 million d’emplois en CDD courts ou en mission d’intérim de moins de 3 mois qui a donc encaissé le choc. La destruction de 453 000 emplois salariés observée dans la sphère marchande provient presque exclusivement de l’arrivée à échéances de ces contrats. La baisse de ces emplois a certes été violente et immédiate, mais elle est d’ordre mécanique et ne nous dit rien sur les arbitrages de plus long terme des entreprises. À partir de la fin mai, lorsque la sélectivité du dispositif sera durcie, l’emploi va en revanche devenir une variable d’ajustement incontournable. Les anticipations sur les perspectives de récupération d’activité jouent dès lors un rôle capital. C’est d’elles que dépendent le passage à l’acte des dirigeants et le prolongement du marasme économique et social.


Dans cette optique, Xerfi a réitéré au moment du déconfinement (du 14 au 20 mai), deux questions qu’elle avait déjà adressées aux dirigeants lors de son enquête d’avril. La première question porte sur l’échéance à laquelle les entreprises escomptent redémarrer leur activité. La seconde question porte sur le délai nécessaire pour un retour aux pleines capacités. Sur la base de ces deux éléments, on peut établir là une distribution au cours du temps des entreprises espérant produire à pleine capacité, selon l’horizon de temps. Les résultats obtenus sont saisissants et révèlent un bouleversement des anticipations des dirigeants.


Le déconfinement du 11 mai agit comme un catalyseur, certainement renforcé par l’éloignement du spectre d’une deuxième vague et stimulé par les annonces gouvernementales d’une nouvelle couche de soutien aux entreprises les plus impactées par les restrictions sanitaires. Désormais, une entreprise sur deux estime revenir à ses pleines capacités de production dès septembre et 72% d’ici la fin de 2020 (contre 40% lors de la première enquête). Au premier trimestre 2021, près de 17% des entreprises estiment ne pas renouer avec un niveau normal de production  (au lieu de 50% en moyenne lors de la précédente enquête) ? En revanche, il faudra bien attendre la moitié de l’année 2021 pour atteindre la proportion de 90% d’entreprises.


Rebond favorable des anticipations


Ces résultats coïncident fortement avec les résultats de l’enquête Acemo de la Dares menée du 1er au 11 mai. À la question "à partir du 11 mai, au bout de combien de temps pensez-vous que l'activité économique de votre structure va reprendre normalement ?", elles sont 18,8% à penser que leur activité sera normale dans un délai de 1 mois ;  40,4% dans un délai de 3 mois, c’est-à-dire à la fin de l’été, et 73% d’ici la fin de l’année (les données étant exprimées en part de l’emploi). 


Ce déplacement spectaculaire de la courbe révèle-t-il un rebond des anticipations susceptible de placer l’économie sur une trajectoire de reprise beaucoup plus favorable ? Il est bien sûr rassurant de constater qu’une majorité d’entreprises espère effacer l’impact de la crise d’ici la fin de l’année. Mais l’absence de synchronisation forte qui sous-tend ces réponses continue à valider l’hypothèse d’un rétablissement partiel et incomplet de l’économie à moyen terme. Difficile en effet d’imaginer une récupération complète de la moitié des entreprises lorsque l’autre moitié plombe la reprise. Les seconds risquent de faire démentir les premiers, et à ce stade, ce type d’enquête renforce le sentiment d’une épée de Damoclès sur l’emploi, qui pèse fatalement sur les chances d’une récupération rapide et complète.


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