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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi

 

L’économie du triple zéro, zéro de croissance, zéro de taux d’intérêt, zéro de taux d’inflation… c’est un fait stylisé comme on dit. Qui apparaît plus comme un point d’attraction dangereux pour nos économies  avancées que comme un fait exact.

 

C’est au Japon que ce triptyque colle le plus à la réalité. Aussi bien sur moyenne période, 2010-2015 en l’occurrence. Mais j’aurais pu remonter bien avant, que sur l’année 2015. C’est ensuite la zone euro  qui se rapproche le plus du triptyque nippon. Disons que la zone est plus proche du triple 1 que du triple zéro, même sur la période récente où l’inflation sous-jacente reste ancrée à 1% et où la croissance s’est sensiblement accélérée. Pour les pays anglo-saxons, Etats-Unis mais aussi Royaume-Uni, il serait plus exact de parler de triple 2. Ces pays ont jusqu’ici  réussi à ancré leur inflation et leur croissance potentielle autour de 2%.

 

Pourquoi alors recourir assez systématiquement à ces expressions approximatives de taux zéro, d’inflation zéro ou de croissance zéro. Par ethnocentrisme européen en partie.  Mais d’abord pour esquiver le terme de déflation, beaucoup trop connoté et ne cadrant pas avec une situation qui pour l’instant n’est celle de faible inflation larvée et structurellement basse.  Ensuite pour caractériser une situation où presque partout la croissance demeure très en-deçà de sa moyenne de long terme. Où les banques centrales pratiquent des taux d’intervention quasi-nuls, voire négatifs, et où les taux d’intérêts réels à long terme (c’est-à-dire la différence entre les taux longs nominaux et l’inflation anticipée) sont très proche de zéro. Cela est vrai même dans les pays anglo-saxons. Enfin, pour exprimer le fait que cette situation s’inscrit dans une tendance plus longue d’érosion des potentiels de croissance dans les pays avancés et de disparition de l’inflation.

 

Mais au fond, derrière ce tryptique, il y a une intension plus subliminale. Premièrement l’idée que nous glissons inexorablement vers une japonisation du monde. Deuxièmement l’idée  que nous entrons dans un nouveau régime stable : pour les tenant de l’équilibre, ce serait le taux d’intérêt naturel qui tendrait vers zéro en ligne avec un déclin de la productivité marginale du capital. Le capitalisme serait happé dans un état stationnaire, que les économistes classiques avaient déjà en ligne de mire, mais qui faisait figure de prophétie que le progrès technique avait toujours tenu en échec jusqu’ici.

 

C’est le danger de vouloir tout interpréter à travers le prisme de l’équilibre. La vérité est que nous n’en savons rien. Il y a incontestablement des éléments structurels forts pour expliquer  l’affaissement des taux d’intérêt. Nous avons souvent mentionné les arguments de Ben Bernanke sur l’excès d’épargne mondial qui a pour corollaire l’insuffisance des débouchés. Mais il y aussi une part de construction politique à travers les choix de politique monétaire, qui engendrent des dévaluations compétitives ou à travers l’amoncellement les politiques  de l’offre, de dévaluation fiscales, salariales et sociales dans les différentes régions du monde.

 

Il y a surtout la persistance du paradigme d’un capitalisme qui pourrait croître sans salaires ; Cette illusion que le progrès technique génère de la productivité et de la croissance sans aucune autre condition. Or Non. Le progrès technique sans débouchés produit d’abord de la désinflation. Or nous allons vivre bientôt l’expérience d’un salaire minimum qui passera de 10 à 15 dollar de l’heure en Californie à horizon 2022. Et celle du Royaume-Uni dont le salaire minimum devrait progresser de 40% à horizon 2020. L’occasion de voir en grandeur réel si le capitalisme n’est pas d’abord malade de ses salaires et tient là la solution à sa grande angoisse de la stagnation séculaire … avant de faire du triple zéro cet attracteur étrange sensé nous happer inexorablement au nom des lois naturelles de l’équilibre.

 

Olivier Passet, L’économie du triple zéro : inflation, taux d’intérêt, croissance, une vidéo Xerfi Canal TV


Mots clés :

Economie

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