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L'économie française face au dialogue social de sourds

Publié le mercredi 8 juin 2016 . 4 min. 58

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi

 

Que sait-on de la conflictualité sociale et de ses effets sur la croissance en France ? Entre idées reçues, chiffres fragiles et batelage médiatique essayons de nous y retrouver.

 

A priori, la poussée de fièvre sociale du moment, appartient à ces secousses récurrentes, mais espacées, que connaît la France depuis plusieurs décennies. Elle rappelle les conflits de 1995 (les grandes grèves intervenues entre mi-novembre et mi-décembre contre le plan Juppé), ou ceux de 2010 contre la réforme des retraites, une contestation qui s’était étendue du printemps à l’automne et qui avait conduit également au blocage des raffineries.

 

Si nous nous en tenons à ces références, la portée du conflit actuel sur la croissance doit être relativisée :

 

Les grèves de 1995 avaient amputé de 0,2 point la croissance selon l’INSEE, mais à l’époque tout était bloqué. Et l’effet négatif avait été rattrapé dès le trimestre suivant. Idem en 2010, où le profil trimestriel de la croissance n’avait été que très marginalement perturbé par les grèves, plus perlées il est vrai, et où, une fois terminé le conflit, la croissance avait rebondi de 1 %.

 

Autrement dit, l’essentiel de la perte d’activité occasionnée par un conflit et récupéré par la suite. En témoigne encore mai de 1968, référence toujours aussi emblématique, où à la chute de 5% du Pib au 2ème trimestre, avait succédé un + 7,7% le trimestre suivant.

 

Il y aurait donc un énorme décalage entre l’effet de loupe médiatique… et la menace que ferait réellement peser la conflictualité sociale sur la croissance. Si l’on s’en tient à cette vision distanciée, la reprise ne viendra pas se disloquer sur le conflit social… même dur.

 

Reste néanmoins l’effet négatif sur le tourisme ou la restauration. Celui-là n’est pas récupérable. Et entre les attentats, la météo et les grèves dans les transports, il est clair que ce secteur cumule les handicaps. Dont témoigne la rechute à contre-courant du climat des affaires. Reste surtout l’effet d’image auprès des investisseurs étrangers. Sachant néanmoins que la France loupe plutôt une occasion de rehausser une perception négative et déjà bien ancrée dans l’esprit des investisseurs.

 

Et c’est finalement sur ce dernier point que j’aimerais m’attarder. Que savons-nous réellement de la qualité de notre dialogue social en comparaison de nos concurrents. Assez peu de chose car les séries de journées de travail perdues dont on dispose sur longue période,  grâce à la DARES ou au BIT suivent des méthodologies, et couvrent des champs qui varient dans le temps. De 1971 à 2001, on dispose d’une première série, qui exclut de son champ les conflits dans le secteur public, et qui ne prend en compte que les conflits localisés (hors grèves générales donc). Un série qui a longtemps accrédité l’idée d’un épuisement progressif de la grève en France et que l’on prolonge en général jusqu’en 2004 par une autre série de l’inspection du travail qui exclut les transports (autrement dit la SNCF, Air France, la RATP etc.), nul besoin d’insister sur le fait que la déperdition est lourde. Des travaux de la DARES ont montré par la suite que le nombre de journée de grève était sous-estimée de l’ordre de 50% en 1992 et de 75% en 2004. Un biais considérable et croissant lié à une perte de visibilité des conflits :  du fait de la montée des services, d’une mauvaise remontée de l’information dans les PME et surtout d’un changement de nature des conflits (montée des débrayages plus courts et fragmentés et déclin relatif des grandes mobilisations professionnelles et inter-professionnelles. Autrement dit, même s’il existe une érosion, la conflictualité française demeure forte. Tendance dont atteste les nouvelles séries de la DARES, beaucoup plus exhaustives et comblant les lacunes précédentes.  La conflictualité ne recule que graduellement avec des pics qui peuvent encore approcher ceux des années 70.

 

C’est dire aussi s’il faut manier avec prudence les comparaisons internationales. Sur ce terrain, hautement incertain, tout laisse penser néanmoins, et sans grande surprise cette fois-ci, que la France est bien en proue en matière de grèves. Elle appartient, vraisemblablement, avec, la Belgique, La Finlande, l'Espagne, au groupe des pays à forte conflictualité. Il n’a pas de mythe derrière cela.

 

Olivier Passet, L'économie française face au dialogue social de sourds, une vidéo Xerfi Canal TV


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