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15/02/201604:36

Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi

 

L’euthanasie des rentiers est bien là. Je ne parle pas de la version tronquée de Keynes, selon laquelle l’inflation serait un levier mobilisé par les Etats pour effacer une partie de leurs dettes au détriment des créanciers.  Il est clair que nous ne sommes pas dans ce scénario là aujourd’hui, et qu’en dépit du Quantitative Easing, aucune vague d’inflation dévastatrice ne semble pointer à l’horizon.

 

Nous y sommes bien davantage en revanche, disons sous une forme rampante, si l’on regarde l’évolution des rendements servis aux épargnants aujourd’hui. Entre les produits défiscalisés, le livret A qui ne rapporte plus que 0,75%, les comptes d’épargne logement qui ne rapportent plus que 0,5%, ou toute la gamme des produits fiscalisés :  les PEL dont le rendement est revenu à 1,5% avant impôt, celui des  obligations d’Etat, déjà inférieur à 1% à 10 ans et qui a repris son mouvement de baisse, et les produits d’assurance-vie en euros, dont le rendement s’érode inexorablement années après années pour ne plus représenter que 2,25 % avant prélèvements sociaux, les épargnants n’ont que très peu d’options, pour espérer engranger des rendements supérieurs à 2%. Il leur reste certes les produits d’assurance-vie en unité de compte, vers lesquels ils se reportent aujourd’hui, poussés par les intermédiaires financiers, mais avec les risques que l’on connait dans un contexte d’extrême volatilité. Et le marché des actions dont les grands yoyos depuis 15 ans poussent à la prudence.Certes, les produits anciens continuent à rehausser le rendement apparent du patrimoine des français.  Mais si je rapporte aujourd’hui intérêts et dividendes nets perçus par les ménages à leur patrimoine financier net, on saisit la grande dégringolade en cours et le fait qu’elle n’est pas prête de s’arrêter. Les intermédiaires financiers, confrontés à des problèmes de rentabilité de plus en plus aigus, n’ont pas d’autres échappatoires que de reporter la baisse des rendements sur les épargnants ou d’augmenter leur exposition au risque.

 

Hors c’est bien l’écart structurel entre les rendements réel des produits financiers et le taux de croissance de l’économie, qui leur avait permis d’augmenter jusqu’ici quasi-mécaniquement leur richesse financière plus vite que leurs revenus. Et de ce point de vue, il ne faut pas exagérer la situation. Il s’agit bien d’une euthanasie très rampante. Il suffit de regarder le ratio de la richesse nette ou brute des ménages à leur revenu pour s’en rendre compte, en ayant en tête que dans un régime  de répartition équilibré, ce ratio devrait être stable. S’il y a euthanasie, elle ne fait que commencer, et elle prend vraiment la tournure d’une mort lente, après une longue phase extrêmement favorable.

 

Avant de reprendre l’argument classique selon lequel cette  érosion des rendements est un coup de plus porté à l’incitation à investir au moment même où la croissance potentielle souffre du ralentissement de l’accumulation du capital, il est peut-être bon de rappeler ce qu’est véritablement l’euthanasie des rentiers au sens de Keynes. C’est le moment, non pas où l’Etat opère un hold up sur les épargnants, de la classe moyenne notamment, mais celui, où, prend fin la rareté organisée du capital, une rareté qui permet sa survalorisation et des sur-rendements. Or, c’est précisément là que nous en sommes. La valeur nominale élevée du capital camoufle le fait que le rythme de croissance réel du capital productif n’a cessé de décélérer dans les économies avancées. Les surcapacités dont on parle ne sont que l’illusion que créée un mauvais partage du revenu : la demande se dérobe plus vite encore que le capital. Pour rompre avec ce cercle vicieux, il faut que s’opère un nouveau partage de la richesse où la baisse du rendement exigé met fin à la raréfaction du capital. L’euthanasie des rentiers est un ajustement naturel, qui n’est finalement là que pour les sauver.

 

Olivier Passet, L'euthanasie rampante des épargnants, une vidéo Xerfi Canal TV


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Mots clés : Economie mondialeBanque, finance, assuranceCroissanceRendement

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