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Le dogme ultra-libéral, c'est fini

Publié le jeudi 8 septembre 2016 . 4 min. 47

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi


C’est un paradoxe, mais le modèle social français, si décrié, est peut-être aujourd’hui un de ceux qui s’exporte le plus. Piégés dans la litanie répétitive, qui fait de la France un pays d’un autre temps, replié sur ses avantages acquis anachroniques, nos cerveaux hexagonaux peinent aujourd’hui à assimiler le fait que le temps des certitudes est révolu partout dans le monde. Le système capitaliste cherche sa voie et nul pays n’échappe à l’introspection de son modèle, notamment les pays anglo-saxons.


Et ces pays sont bel et bien en train de tourner définitivement la page de l’ère Reagan Thatcher, celle de l’ulra-libéralisme triomphant. Cela est vrai aussi bien du côté des intellectuels que des politiques. Ceux qui attendaient d’ailleurs avec l’arrivée de Theresa May, un bégaiement de l’histoire, une piqure de rappel Thatchérienne en ont été pour leurs frais. Certes Thérésa May a bien pour slogan de faire du Royaume-Uni le champion mondial du libre-échange. Mais cette emphase a d’abord vocation à rassurer les marchés sur le fait que le Royaume-Uni ne s’oriente pas vers un repli protectionniste. Et au-delà de cette réaffirmation, destinée aux investisseurs, le programme porté par Thérésa May traduit plutôt la volonté de renouer avec un Etat interventionniste, autour de 3 axes décisifs :

-Premièrement, un projet productif  à la fois défensif concernant l’industrie, le contrôle des centres de décision et offensif sur les secteurs porteurs ;
- Deuxièmement, une réforme de la gouvernance, renforçant la présence de représentants salariés dans les conseils d’administration, et introduisant une dose de cogestion à l’Allemande ;

-Troisièmement, un renforcement de la protection sociale, avec une volonté affirmée de ne laisser personne sur le côté de la route, autrement dit de mieux partager, individuellement et spatialement, les fruits de la croissance.


L’actualité au Royaume-Uni c’est donc bien de redonner de la substance à l’Etat providence, et de promouvoir une économie inclusive.


D’Obama aux Etats-Unis on pourrait dire au fond la même chose. Même si son bilan social demeure très mitigé : l’Amérique d’Obama, c’est d’abord une politique budgétaire contracyclique, qui ne s’est pas fixé de limite pour remettre à flot la croissance. C’est une politique industrielle active, c’est un socle de couverture santé universelle qui a été élargi. C’est l’objectif de rehausser le salaire minimum, qui a certes été bloqué au plan fédéral mais qui a été relayé dans certains États ou certaines grandes entreprises. Et c’est aujourd’hui dans le cadre de la campagne électorale la montée en puissance de propositions diminuant le coût d’accès à la santé et à l’éducation.


Bref quand les Economies anglo-saxonnes parlent de réforme aujourd’hui, c’est pour se mettre au chevet de leur État providence et finalement emprunter aux systèmes sociaux d’Europe continentale les pièces du pacte social qui leur font défaut aujourd’hui.


Et  beaucoup d’économistes anglo-saxons en conviennent aujourd’hui, l’affaiblissement du pouvoir de négociation des salariés a été poussé trop loin et la mauvaise répartition des fruits de la croissance pèse sur la croissance potentielle. Les guerres de chapelle se sont apaisées, et l’on voit aujourd’hui des économistes comme Larry Summers, autrefois chantre de Friedman, d’une finance décomplexée se libérer de ses dogmes. Se joindre à Paul Krugman pour constater que les déséquilibres macro-économiques que l’on observe aujourd’hui, appellent un effort de l’investissement qui ne peut-être impulsé que par l’Etat. Sans parler d’Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, convenant que les logiciels théoriques dont il dispose sont aujourd’hui obsolètes, appelant à une refondation.


On est loin de l’indigence du débat d’expert français. Où chacun campe sur ses certitudes. Où les uns affirment la suprématie de la micro-économie sur la macro et réciproquement. Où les théologies néolibérale  et keynésienne s’affrontent de façon stérile, où les représentants du savoir académique, les Tirole, les Cahuc, par exemple, pour ne donner que deux exemples récents de librairie, font mine d’être les dépositaires d’enseignements d’une science exacte qui ne souffrirait d’aucune contestation. On aimerait aussi, qu’en France, l’esprit de doute s’installe, que les cerveaux se mettent en mouvement, libérés des chapelles, pour participer à la refondation qu’Olivier Blanchard appelle de ses vœux.

 

Olivier Passet, Le dogme ultra-libéral, c'est fini, une vidéo Xerfi Canal TV


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