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ACCUEIL ECONOMIE Décryptage éco Revenu universel : attention,...
https://player.vimeo.com/video/199330298?autoplay=1 Olivier-Passet-OPA-Le-revenu-universel-5763.jpg
18/01/201705:08

La thématique du revenu universel revient en force. Il est expérimenté en Finlande. Il est proposé et proposé et débattu à droite comme à gauche, dans le cadre des primaires. Le concept, on le sait n’a d’universel que le nom. Car derrière le projet s’esquisse des représentations et des philosophies dissemblables voire antagoniques. C’est d’abord sur ce point que j’aimerais mettre l’accent. La question de la faisabilité et du chiffrage étant subsidiaire à ce stade. Interrogeons-nous d’abord sur la représentation du travail et de la société qui sous-tend le projet.


La version libérale est ancienne. Offrir à tous un minimum vital, sans condition de ressource, pour protéger chacun contre les aléas économiques. Une sorte de flexicurité au rabais, où la stabilité de l’emploi n’est plus protégée, mais où la collectivité garantit une sécurité à minima des parcours de vie. Je dis ici au rabais, car les modèles du Nord font aujourd’hui bien plus que garantir  un minimum vital. Cette vision retrouve aujourd’hui une actualité avec la projection d’une société numérique qui signerait la mort du salariat. Autrement dit, elle valide implicitement ou parfois explicitement l’idée que nous entrons dans le meilleurs des monde du « tous entrepreneur ». Et puisque l’avenir est à la multi-activité, au freelance généralisé, à l’intermittence, ou chacun se vendrait à la tâche à des plateformes hyper-agiles et réactives, laissons la déferlante technologique gouverner nos sociétés. Réfléchissions à  l’antidote à la misère. Et jetons notre modèle social d’un autre temps. Rompons notamment avec le dogme français assurantiel où chacun et protégé au prorata de sa contribution et de ses revenus. L’idée peut sembler sociale a priori. Celui qui est au minima n’a rien à perdre dans un tel système. Les plus riches ont beaucoup à perdre. A cela près que les plus riches peuvent se tourner vers de l’assurance privée, qui sélectionnera les meilleurs risques et que les classes moyennes ou les plus pauvres ne le pourront pas. Derrière le revenu universel, se cache une représentation de nos sociétés qui n’a rien à envier à Aldous Huxley et dont on peine à imaginer qu’elle devienne un idéal social fédérateur.


La version de gauche, sociale du revenu universel, entérine plutôt le fait que nous vivons une crise du travail et de la rémunération du travail. 1/ Le travail va se raréfier avec la montée des robots et des algorithmes. 2/ Objectiver la contribution de chacun est de plus en plus complexe dans un monde où tout est connecté, et où tout dépend de tout 3/ La rente technologique est captée par quelques-uns, qui concentrent les fruits de la croissance numérique. Il nous faut donc repenser notre fiscalité. Taxer le capital, notamment les robots, les hyper-riches, et distribuer un revenu de subsistance à tous ceux qui sont exclus du travail, ou qui travaillent sur des durées de plus en plus courtes. Le travail n’est peut-être pas voué à disparaître. La société est riche de besoins qui seront comblés sous la forme d’un bénévolat coopératif. Je force le trait. Mais c’est bien l’utopie qui sous-tend alors cette approche du revenu universel. Et elle aussi rencontre un véritable problème d’adhésion. Car au fond, si elle n’entérine pas la fin du travail et de la socialisation par le travail, elle entérine la fin de la valeur travail. La fin du travailler plus ou mieux pour gagner plus. Dans cette société, tous les gens sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres, ceux qui ont vocation travailler dans le cœur d’activité non robotisable. Les data-scientist qui anticiperont et piloteront nos désirs de consommateur, les concepteurs en tout genre. Pour une classe moyenne déboussolée, qui s’inquiète encore de la trajectoire professionnelle de ses enfants, du déclassement de ses métiers, autant dire que cette représentation du futur n’est pas fédératrice.


Derrière le revenu universel, il y a donc pour l’heure plus d’enterrement que de projections positives : la mort du salariat, la mort du travail rémunéré, la mort de la protection sociale assurantielle, la mort des critères de différenciation des rémunérations. Cela fait beaucoup pour 2 mots qui sonnent positivement, pris individuellement. Le revenu universel avant d’être chiffré, devrait donc d’abord s’inventer une utopie sociale fédératrice.

 

Olivier Passet, Revenu universel : attention, c'est un vrai choix de société !, une vidéo Xerfi Canal TV.


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Mots clés : Economie numériqueEmploi, salaires, travail

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