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Rendons d’abord hommage au management… des écoles de management. Elles ont réussi le tour de force du basculement en urgence, du jour au lendemain – ou presque - à un enseignement 100% à distance. Mais le plus dur reste à faire. Car après avoir perturbé le cycle d’admission aux grandes écoles, les mesures de distanciation sociale rendent l’organisation de la rentrée parfois inextricable pour les business schools, grandes et petites, avec un impératif : s’adapter coûte que coûte à la situation et faire preuve d’agilité. Sans pouvoir être ici exhaustif, elles doivent affronter trois grandes zones de turbulences et d’incertitudes majeures :


D’abord, la gestion de la densité des personnes sur les campus. Le prolongement des mesures sanitaires pourrait contraindre de réserver 4 m2 par élève. Un obstacle insurmontable pour les campus étriqués de centre-ville où les effectifs devraient en toute logique être divisés par plus de trois… Comment faire ? : Accueillir moins d’élèves et donc priver l’école d’importants revenus ? Demander aux élèves d’alterner présence dans les locaux et téléformation avec tous les problèmes techniques et pédagogiques du e-learning ? Ou encore passer à un campus 100% dématérialisé comme l’envisageraient plusieurs écoles, dont Grenoble École de Management ? Cette dernière voie est semée d’embuches car les frais de scolarité élevés promettent aussi une véritable « expérience » de vie dans les établissements et pas une sociabilité virtuelle façon Zoom. Et que dire de la valeur des cours et diplômes donnés intégralement à distance dont nous, professionnels, cernons déjà les limites après plusieurs mois de télétravail...


Deuxième incertitude : la mobilité des personnes. Il y a certes le casse-tête de la mobilité internationale des enseignants et des étudiants français à prendre en compte. Mais l’inquiétude majeure, c’est aussi que les étudiants étrangers manquent à l’appel sur les campus français. Or ces contingents d’élèves venus d’ailleurs sont cruciaux pour les écoles, en particulier pour les plus réputées, car ils sont essentiels pour rentabiliser certains cursus. Des étrangers qui représentaient déjà en 2018 plus de 18% des effectifs des écoles de commerce, et même plus de 20% pour les seuls étudiants chinois. Certes, quelques écoles à l’instar d’ESCP Business School disposent de plusieurs campus en Europe ou à l’international. Mais pour la majorité des écoles, l’international repose avant tout sur des échanges et partenariats avec de multiples établissements disséminés à l’étranger, et confrontés aux mêmes casse-têtes. Et il faudrait aussi évoquer le problème des stages en entreprises à l’étranger ! Et même en France…


Troisième inquiétude enfin : la contraction des ressources financières à la suite de la crise. Dès la phase de confinement, les dirigeants d’entreprise ont taillé dans leurs dépenses de formation. De quoi peser lourdement sur le segment rémunérateur de l’executive education. Nombre d’écoles devront faire avec — ou plus tôt sans — alors que la réforme de la taxe d’apprentissage entre en vigueur cette année et qu’elle se traduit par une baisse substantielle des contributions des entreprises aux écoles. Mais les coupes financières des entreprises iront bien au-delà en réalité, comme par exemple le sponsoring et les chaires d’entreprises. Côté familles, leurs choix éducatifs risquent aussi de changer avec la crise… mais pas tout de suite, plutôt pour la rentrée de 2021. Car la flambée prévisible du chômage des cadres, qui sont sur-représentés parmi les parents d’élèves, risque de faire pencher la balance des inscriptions vers les filières universitaires, aux frais de scolarités bien plus abordables.


C’est donc un véritable effet ciseaux que doivent affronter les business schools pour cette rentrée 2020, entre des coûts de fonctionnement en hausse et des ressources en baisse. Et avec la généralisation du e-learning et du visio learning, c’est non seulement le modèle économique, mais aussi leur réputation et leur promesse de valeur qui est en question... et pour certaines leur survie. Beaucoup moins pour celles qui tutoient les premières places des classements, car le prestige de la marque et le ranking leur donne une priorité pour remplir leurs promotions. Mais plutôt, celles qui faisaient déjà des admissions parallèles leur principal mode de recrutement pour faire le plein, sans compter certains établissements réputés qui sont en ballotage dans le fameux classement Sigem… Hé bien pour ces écoles, la rentrée 2020 est celle de tous les dangers.


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