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ACCUEIL STRATÉGIE & MANAGEMENT Notes de lecture Antonio Damasio : l'ordre...
29/08/201804:31

Nos organisations, en particulier nos structures de gouvernance, sont-elles le fruit d’un calcul de la raison ou une expression vivante et actualisée de notre sensibilité ?


Cette question philosophique primordiale, est-ce l’esprit ou est-ce le corps qui révèle le mieux ce que nous sommes, nous pouvons la transposer à nos créations dont font parti nos entreprises et nos institutions. Pour Antonio Damasio, l’un des chercheurs en neurobiologie dont la notoriété est mondiale, Professeur à l’Université de Californie du Sud, il ne fait aucun doute que seule la seconde option est la bonne car se sont, à la fin des fins, toujours nos sentiments qui guident notre intellect. Je le cite : « A première vue, le sujet de la gouvernance pourrait paraître étranger à celui de la biologie, j’en suis conscient. Mais il n’en est rien. La gouvernance requiert de longs processus de négociation, qui sont directement liés à la biologie des affects. (…) Impossible d’y échapper. »


Les révélations que Damasio produit dans son dernier essai, L’ordre étrange des choses - La vie, les sentiments et la fabrique de la culture, s’articulent autour de ce qu’il appelle l’homéostasie qui est comme une capacité régulatrice qui permet à tout système de se maintenir dans le temps. Et ce malgré la pluralité des parties qui le constitue. Stasis en ancien Grec cela veut dire en effet se tenir debout. Dans le cas d’une organisation, considérée alors comme un organisme, l’homéostasie serait comme le point clé de son unité, une sorte de milieu où s’entrecroiserait ce qui la trahit sans cesse, les stratégies de changement par exemple, et ce qui la confirme dans son ADN propre, comme son métier. L’homéostasie serait la réponse que les organisations opposent aux « facteurs de contingence », chers à Henry Mintzberg, et aux transformations de l’environnement.


Or, nous dit Damasio, ce qui informe en permanence « l’homéostasie organisationnelle », ce sont nos sentiments, grâce auxquels nous déclenchons nos meilleures facultés, d’adaptation, d’évolution, et de progrès. Nos sentiments, nos joies, nos souffrances, seraient en quelque sorte les « adjoints » de l’homéostasie. Ils lui fourniraient en permanence l’information dont elle a besoin. Ce serait toujours le corps et le système nerveux qui primerait sur l’esprit, les affects sur la raison, ou pour le dire plus brutalement nos intestins plutôt que notre ego. La référence aux intestins, à notre « système nerveux entrique », peut d’ailleurs surprendre ici, mais Damasio explique en quelques pages combien ils constituent en quelque sorte notre second cerveau, constitué de 100 000 milliards de bactéries. Or ces micro-organismes, apparus il y a près de 4 milliards d’années, sont nous raconte l’auteur un brin admiratif, intelligentes, capables de communiquer, dotées de mémoire et sachant incroyablement bien s’organiser et aussi se défendre. Pour Damasio les stratégies de ces organismes unicellulaires « préfigurent » nos propres manières de nous organiser, et de nous défendre.


Dès lors, quelles leçons retenir de ces notions d’homéostasie et de second cerveau auxquelles nous sommes généralement peu habitués en management ? D’abord elles donnent du crédit aux théories qui font de la motivation le cœur de la réussite managériale. Le management serait précisément cette fonction de maintient de l’homéostasie dans sa tranche haute. Or celle-ci ne l’est jamais autant que lorsque nous éprouvons de la joie, comme par exemple lorsque nous créons quelque chose. Secondairement serait confirmé le principe selon lequel les organisations humaines visent d’abord l’auto-préservation, sur un modèle à la fois darwinien, de sélection naturelle, et spinoziste. Spinoza le grand philosophe néerlandais, qui considérait en effet que notre motivation la plus profonde consiste en un instinct de préservation qu’il l’appelait le conatus.


Reste que les analyses de cet ouvrage, si elles démontrent avec enthousiasme que les corps et les esprits sont plongés dans le même bain de la vie, celle-ci demeure inexpliquée. Le risque de biologiser le management serait de réduire la vie humaine à une représentation, à un objet comme un autre, et non à une expérience inexplicable pourtant à la source de toutes nos expériences possibles. Il faudrait donc conserver une certaine modestie, ainsi que l’explique l’anti-cartésien Damasio en conclusion. Pour les sciences dures aussi il faut savoir douter de tout, et de ses préjugés, et de ses pressentiments. Après tout la vie, comme disait John Lenon, « c’est ce qui t’arrive quand tu es occupé à faire d’autres plans ».


Mots clés : Idées & débatsManagementOrganisationsHoméostasie

L'Ordre étrange des choses: La vie, les émotions et la fabrique de la culture

L'Ordre étrange des choses: La vie, les émotions et la fabrique de la culture

Auteur : Antonio R. Damasio
Date de parution : 02/11/2017
Éditeur : Odile Jacob
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