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https://player.vimeo.com/video/332618733?autoplay=1 Ghislain-Deslandes-Contre-l-empathie-cette-vaste-hypocrisie-306345619.jpg
03/06/201904:12

« Nous ne mourrons pas autant du Sida que de la manière avec laquelle le gouvernement nous ignore ». A cette remarque mémorable d’un membre d’Act-up prononcée en 1992, Bill Clinton avait répondu d’une phrase au moins aussi célèbre : « Je ressens moi-même votre douleur ». En américain : « I feel your pain ». Le futur Président signifiait ainsi une idée devenue courante : le monde irait mieux si chacune et chacun faisait preuve d’empathie, à commencer par le personnel politique et les décideurs de la sphère économique. Du reste Clinton deviendra quelques mois plus tard, sans coup férir, le 42ème Président des Etats-Unis d’Amérique.


Or un psychologue de l’Université de Yale, Paul Bloom, spécialiste des sciences cognitives, prend le contrepoint de cette posture en se déclarant, dans un essai au titre périlleux, contre l’empathie. Selon lui en effet se sentir comme possédé par les sentiments d’autrui comporterait plusieurs problèmes:


-le premier serait qu’éprouver ce que ressent autrui n’est pas une garantie de bienveillance. Bloom prend l’exemple des grands psychopathes, qui se distinguent précisément par le fait d’utiliser les sentiments de leurs victimes pour augmenter la cruauté de leurs actions.


-le second problème serait le suivant : l’empathie nous porte à s’inquiéter de l’immédiat sans nous sensibiliser utilement à des causes qui paraissent certes plus lointaines mais aux conséquences beaucoup plus importantes. Nous surestimons le hic et nunc, l’ici et maintenant, au détriment du long-terme et des causes, comme le réchauffement de la planète ou le taux d’endettement national. Toutes choses qui mériteraient pourtant notre vigilance, et qui nous laissent néanmoins plus ou moins indifférents car, comparés aux sentiments partagés du quotidien, ils ne seraient après tout indique l’auteur qu’une « pâle abstraction statistique ». Au fond, explique Bloom, l’empathie ne nous est d’aucune aide quant aux grands sujets de société.


-Troisième point, l’auteur fait remarquer que ce n’est par empathie que nous agissons en faveur d’autrui, ainsi que le montrerait quelques expériences scientifiques, mais plutôt par devoir et selon un principe de justice. Or pour notre auteur il faut encore s’en féliciter car nos capacités empathiques sont limitées, généralement à celles et ceux que nous connaissons, alors qu’un principe de justice peut s’appliquer au delà de nos premiers cercles affectifs.


En bref, afin d’être des « altruistes effectifs », pour employer l’expression du philosophe australien Peter Singer, Bloom nous conseille de nous appuyer sur notre intelligence plutôt que sur notre sensibilité. La raison aurait sa propre logique que le cœur ne sait qu’ignorer.


Mais puisqu’il est question d’en appeler à l’intelligence en matière d’humanité, convenons que deux arguments avancés par l’auteur viennent à leur tour limiter son analyse d’ensemble :


-d’une part lorsqu’il déclare, avec raison, que les professeurs de morale, ainsi que le met en évidence une série d’études, ne se comportent pas mieux que quiconque dans la vie de tous les jours. « Ils n’appellent pas leur maman davantage, ils ne donnent pas plus d’argent aux bonnes œuvres, ils ne rendent pas les livres à la bibliothèque plus à temps que leurs collègues etc.. ». Bref leur supposée intelligence de la matière ne leur est ici d’aucun secours.


-d’autre part, notre psychologue remarque «  qu’il est lui-même plus dérangé lorsque sa connexion internet devient lente que lorsqu’il entend dire à la tv qu’une tragédie a eu lieue dans un pays dont il n’avait préalablement jamais entendu parlé. » Or précisément, c’est bien par manque d’empathie qu’ici un problème se pose, car l’empathie n’a pas lieu d’être réservée à nos proches. Son premier registre ne serait-il pas plutôt de reconnaître dans celles et ceux que je ne connais pas une commune humanité, ce qu’on ose parfois en régime républicain appeler notre fraternité ?


Donnons raison à Bloom tout de même sur un point : le risque de l’empathie, « I feel your pain » lancé à un inconnu, c’est celui de la bonne conscience et de l’hypocrisie à peine dissimulée. Ainsi que nous le rappelle Pascal dans une formulation qui n’appartient qu’à lui: « Plaindre les malheureux n'est pas contre la concupiscence, au contraire, on est bien aise d'avoir à rendre ce témoignage d'amitié et à s’attirer la réputation de tendresse, sans rien donner. »

Réf.

Bloom, Paul (2016), Against empathy, the case for Rational compassion, Harper Collins, New York.


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Mots clés : Idées & débatsMoraleHumanitésJusticeIntelligenceSentimentEmpathie

Against Empathy: The Case for Rational Compassion

Against Empathy: The Case for Rational Compassion

Auteur : Paul Bloom
Date de parution : 06/12/2016
Éditeur : Ecco
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