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Mélancolie du Pot de Yaourt : méditation sur les emballages

Publié le mercredi 15 juillet 2020 . 4 min. 22

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On peut à peu près méditer sur tout. Sur sa vie personnelle ou professionnelle, passée, présente ou à venir. On peut même tenter d’échafauder quelques raisonnements sur des sujets plus généraux comme le management ou le leadership. C’est ce que j’essaie de faire de temps à autre sur ce plateau.


Mais peut-on aller jusqu’à philosopher sur des sujets plus prosaïques encore tels les emballages, les papiers-bulle, les tubes de dentifrice ou les pots de confiture ? C’est ce à quoi nous invite pourtant Philippe Garnier dans son petit livre « Mélancolie du pot de yaourt », édité chez Premier Parallèle. De fait, les détritus qui tapissent les eaux océaniques, tels des corps sans âme, sont là pour longtemps, et ils sont un témoignage immanquable de ce qu’à été le monde industriel durant les dernières décennies. Ces emballages, bidons, cartons et flacons sont les vestiges de notre civilisation manufacturière en quelque sorte, ils sont comme les «  alignements de Carnac ou de Stonehenge » (p. 92), et dureront au final plus longtemps que nous (des centaines d’années sont nécessaires pour qu’une bouteille plastique se dégrade, quant à une bouteille en verre, il faut compter des milliers d’années).


Dans le futur, ces conditionnements en papier ou en plastique laissés à l’abandon attesteront de ce que furent la vigueur de nos penchants et de nos goûts. Ces emballages sont comme l’ensemble des signes que nous adressent les marchandises, leur élément de langage, leur appel au désir contre lequel les générations passées n’ont pas su résister, ou pas pu. Comme l’explique l’auteur, « trois neurones frottés de scepticisme ne peuvent affronter une armée de professionnels du design et du marketing » (p. 38-39). Ces emballages en effet, Dieu que nous les avons aimés : avant cette mise à l’égout constitutive de la catastrophe écologique que l’on sait, ils surent nous séduire, par leur forme, ou par leur éclat. A tel point que les archéologues diront peut-être un jour, nous concernant, que nous fûmes, mais collectivement, atteint du Syndrome de Diogène, ce trouble du comportement consistant à entasser chez soi toutes sortes d’ordures.


Dès lors ce livre ne serait-il qu’une nouvelle critique de l’homo detritus et du marketing de masse ? En fait son auteur se garde bien de tout jugement de valeur et essaie au contraire d’observer ce monde que nous avons créé avec une touche d’ironie. Il s’intéresse en effet au caractère proprement extraordinaire de ces emballages, compagnons d’infortune de la banalité de notre quotidien :


-page 23 il propose une « tentative d’autohypnose devant un paquet de chips bio « à l’ancienne ».
-page 44 il évoque « l’ambivalence du préservatif » en ce sens qu’il est protecteur d’une source extérieure mais qu’il préserve aussi, dans le même temps, cette source extérieure des possibles risques qui proviennent du corps lui-même. C’est ici le double effet du masque, qu’en période de distanciation sociale pour cause de risque biologique, personne ne peut plus dénigrer. Emballage comme un autre, personne en effet ne discute plus le rôle essentiel que ces masquent jouent dans la préservation de la santé publique.


Mais alors devons-nous reconnaître que les contenants seraient finalement plus importants que le contenu ? La peau que les organes ? L’enveloppant que l’enveloppé ? C’est là que l’ironie de l’auteur se dévoile, quand il évoque l’œuvre Merda d’artista de Piero Manzoni, une série de quatre-vingt dix boîtes de conserve contenant chacune trente grammes de ses excréments. Je cite Garnier : « créées en 1961 (…) elles devaient être vendues au prix du gramme d’or au cours du jour (et rester fermées). Depuis, leur valeur marchande n’a cessé d’augmenter, dépassant le cours de l’or, y compris lorsqu’elles se mettent à fuir, car elles sont alors considérées comme des œuvres évolutives. »


Alors comment échapper au « morne vertige du papier bulle ? » (p. 60) qui fournit selon l’auteur « l’expérience à répétition d’un monde où l’aventure n’est plus possible,  (oscillant) entre recherche d’oxygène et autoasphyxie » (p. 60-61). Comment recréer du contingent grâce à une nouvelle philosophie du packaging ?


Eh bien en méditant justement, à partir de ce que fut le tabac avant l’invention du papier à cigarette. Alors, l’emballage se consumait en même temps que le produit lui-même. Une image à laquelle devraient songer tous les industriels soucieux d’écologie. Une image que l’on pourrait appeler provisoirement, en ces temps de peur environnementale, la grâce du havane.


D'APRÈS LE LIVRE :

Mélancolie du Pot de Yaourt

Mélancolie du Pot de Yaourt

Auteur : Philippe Garnier
Date de parution : 20/02/2020
Éditeur : 1er Parallèle
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