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Motivation et réticence au travail : le symptôme Bartleby

Publié le jeudi 16 septembre 2021 . 4 min. 38

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Le travail salarié est-il une opportunité d’émancipation pour chacune et chacun d’entre nous ? Ou serait-il plutôt l’expression la plus banale de la servitude volontaire, eût égard à la subordination juridique qu’il implique, et à la répulsion qu’encouragent les contraintes quasi-quotidiennes qu’il nous inflige ? Amour du travail, opposition au travail, telle semble être de prime abord l’alternative où nous sommes pris, à laquelle la recherche en sciences sociales (Etzioni, 1975) a su donner plus de nuance en identifiant trois manières distinctes de s’y impliquer :


- La première est coercitive, elle suppose que les salariés n’ont pas d’autre choix que d’obéir.
- La seconde est « calculée » au sens nous travaillons, de manière pragmatique, parce que nous y avons intérêt.
- La troisième est en quelque sorte psychologique et morale : si nous sommes impliqués dans le travail c’est parce que nous adhérons aux valeurs de l’entreprise ou du projet pour lequel nous collaborons avec autant de zèle que possible.


Or cette catégorisation de la motivation au travail ne fait la place ni à la résistance passive, ni à la suspension de toute forme d’autorité, de consentement ou d’implication, bref à ce qu’on pourrait appeler le travail réticent. Or cette position à l’égard du travail qui ne serait ni positive, ni négative, qui serait souverainement neutre en quelque sorte, c’est celle qu’entreprend de penser un collectif de sociologues et de philosophes dans un ouvrage paru aux Editions Kimé. Ce faisant ils prennent pour point de départ la figure déjà évoquée sur ce plateau de Bartelby, ce scribe qui dans le New York des années 1850, dans le quartier de Wall Street, exprime le détachement le plus total à l’endroit du travail administratif sans intérêt qu’il est censé faire. Dans cette nouvelle d’Herman Melville en effet, l’antihéros qui passe son temps à gérer, transférer et rédiger des papiers insignifiants, exprime non pas le refus du travail en tant que tel, mais une simple préférence : « I would prefer not to », sans que son chef ne parvienne, ainsi que le précise l’un des auteurs Eric Hamraoui, à « forcer son consentement » (p. 91). « Je préfèrerais ne pas » se tient en effet aussi bien à distance de l’affirmation que de la négation. L’expression implique plutôt un doute et une inclination mais nullement une protestation violente, ce qui la rend proprement insaisissable au regard de cette dichotomie que j’évoquais en introduction : amour du travail, détestation du travail.


Mais cette réticence, ne serait est-elle pas d’abord adressée à l’idée même de management ? Comme le soulignent les auteurs c’est bien en management et non en philosophie que la réticence fait l’objet de travaux substantiels, réticence comprise alors comme résistance à la conduite du changement. A cet égard il faut bien constater pourtant que l’employeur de Bartleby incarnerait plutôt le type même du management humaniste, à l’écoute de ses salariés. Dès lors que peut bien signifier pour nous l’attitude mutique du scribe ?


En réalité, puisqu’il faut risquer une interprétation de la nouvelle, nous avons là une critique qui retient ses mots du « comportement adaptatif ». Par critique du « comportement adaptatif », j’entends une résistance contre le fait de voir les êtres humains devenir de simples instruments au service d’une quelconque technocratie. Bartleby est au fond le « type inadaptable », que décrira plus tard le philosophe Günther Anders, à savoir un empêcheur de tourner en rond qui témoigne des risques de déshumanisation que comporte la chaîne de montage que le travail moderne a conçu pour nous. En bref, son attitude est un appel silencieux à l’intelligence et à la vie sur le lieu de travail. « Trier les lettres au rebut » comme indique l’un des auteurs page 164 en décrivant d’un mot la fonction du scribe, « c’est mettre son travail vivant au service de l’oubli et de l’effacement, c’est transformer (…) ce qui est vivant en ce qui est mort. » Mais c’est également l’interdire d’exprimer ses facultés les plus habiles, les plus innovantes, les plus libres aussi.


Concluons donc avec une autre critique moins taiseuse du taylorisme naissant, la philosophe Simone Weil qui avait dès 1936 utilisé ces mots que les managers d’aujourd’hui peuvent encore méditer, s’ils le souhaitent : « j’appelle humaine toute discipline qui fait appel dans une large mesure à la bonne volonté, à l’énergie et à l’intelligence de celui qui obéit ».


D'APRÈS LE LIVRE :

Le symptôme Bartleby ou Le travail réticent

Le symptôme Bartleby ou Le travail réticent

Auteur : Sous la direction de Florence Godeau, Eric Dayre et Éric Hamraoui
Date de parution : 22/10/2020
Éditeur : Kimé
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