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Yunus – une économie à trois zéros : c'est zéro

Enregistré le jeudi 12 juillet 2018 . 4 min. 28

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Alors qu’un ancien banquier devenu Président de la République en France est soupçonné d’être le Président des riches, Muhammad Yunus surnommé, le banquier des pauvres, sort un nouvel ouvrage qui nous prédit une économie à trois zéros : zéro pauvreté, zéro emprunte carbone et zéro chômage. Voilà qui constitue un programme pour le moins ambitieux, publié chez Lattès, que je vous propose de décliner en quelques points caractéristiques, mais avant cela un court rappel sur le parcours de ce capitaliste un peu particulier.


Prix Nobel en 2006, Yunus est un docteur en économie qui a développé avec succès, notamment au Bangladesh, un vaste programme de micro-crédit, autour de la marque Grameen Bank/Grameen qui veut dire « village », en bengali. Il est aujourd’hui le principal ambassadeur au niveau mondial de ce qu’il nomme lui-même le « social-business », qui se présente comme une nouvelle manière de concevoir la relation de travail autour de la notion de bienveillance, et qui surtout prétend renouveler la logique entrepreneuriale à partir d’objectifs qui excluent le versement de dividendes. D’après Yunus, ce sont « 300 millions d’indigents à travers le monde qui sont sortis de la grande pauvreté » grâce à ce système permettant à des emprunteurs illettrés et sans argent de lancer leur propre activité. Du reste le principe a été étendu aux pays riches, comme les Etats-Unis par exemple. Et Yunus de voir dans ce résultat le fait que chez Grameen America, l’emprunteur et le prêteur se connaisse personnellement, l’accord étant le fruit d’une communication face à face, tandis que la crise du crédit en 2008 a montré que dans un cas sur deux ce n’était pas le cas. Les contrats avaient été signés en ligne, sans rencontre directe entre les co-contractants.


Le livre, parfois un peu répétitif, sur le mode d’un tract de campagne, se montre convaincant notamment sur les questions liées à la grande pauvreté. Il houspille, avec des mots bien trouvés, la pente bureaucratique américaine, la paperasserie qui empêche à quantité d’acteurs en puissance d’agir : « en Louisiane » explique-t-il, « une personne ne peut pas composer et vendre des bouquets de plus d’une variété de fleurs dans un même vase, sans avoir à passer un examen pour obtenir une licence d’Etat. » Il revient avec raison sur les absurdités du trop fameux PIB dans lequel le coût de l’analphabétisme, de l’oppression des femmes, du racisme ne sont pas pris en compte, alors que les sommes dépensées pour l’armement et toutes les formes de dégradation de l’environnement y sont bien valorisées. Enfin, il défend cette idée centrale que l’entreprenariat individuel est l’unique méthode pour sortir de l’impasse dans les pays pauvres : certes il donne raison à Piketty sur la nature du problème, l’inégalité, mais pour mieux lui opposer que sortir de l’impasse passera moins par une taxe progressive que la possibilité offerte à chacune et chacun de développer sa propre activité. Et pour cela le social-business a prévu le micro-crédit.


Précisons toutefois que, s’il se défend d’être un idéologue, Yunus est pour le moins un utopiste. La lecture du livre « Moi, petite entreprise », déjà présenté sur ce plateau, l’inviterait à plus de nuance. Lorsqu’il écrit que « nous devons choisir un système nouveau, plus proche de la nature humaine et.. de ses désirs », il ne fait que répéter le discours entendus dans tous les partis politiques sans exception. Lorsqu’il feint de nous faire croire que « les liens intimes entre une bonne gouvernance, les droits de l’homme, la justice sociale et la croissance économique sont maintenant largement reconnus », son regard ne se porte qu’en direction de quelques pays dans le monde, en oubliant la Chine par exemple, qui n’est guère droit de l’hommiste. Enfin quand il indique que les infrastructures sont importantes sur le long-terme, il ne fait que redire ce que nous savons depuis longtemps dans les pays où, comme en France, nos 45% de taux de prélèvement obligatoire servent à mener à bien des projets de construction, de routes, d’hôpitaux et d’écoles, qui bénéficient à tous. Bref rien de très révolutionnaire à voir de ce côté-là.


De ce social-business il sera pourtant question dans les années à venir, puisque Yunus a convaincu Anne Hidalgo d’y installer son centre européen, dans la Maison des économies sociales et innovantes que celle-ci a initié sur le Canal de l’Ourcq à Paris. Il y est d’ores et déjà question d’y recevoir déclare-t-il « les premiers JO de social-business de l’histoire ».


Où l’on espère, pour le coup, que le compteur de médailles n’affichera pas triple zéro.


D'APRÈS LE LIVRE :

Vers une économie à trois zéros

Vers une économie à trois zéros

Auteur : Muhammad Yunus
Date de parution : 25/10/2017
Éditeur : JC Lattès
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