La transparence dans le monde travail ?
Une valeur ? Un vœu pieux ? Une utopie ? Un piège ? Un bullshit concept de plus ?
Un peu de tout cela.
Avant de trancher, regardons quelles sont ses origines.
On les retrouve dans l’idée de vérité, qui par définition s’oppose au mensonge et à l’opacité.
La transparence est érigée au niveau des vertus, comme l’affirmait Rousseau il y a maintenant près de 300 ans : « La transparence est la vertu des belles âmes ».
On retrouve d’ailleurs souvent la transparence dans la liste des valeurs de nombre d’entreprises.
Cette notion a vraiment trouvé pignon sur management avec le livre de John Case en 1993 « Openbook Management » où il démontre combien pratiquer la transparence en management n’a que des impacts positifs : les collaborateurs, bien informés, sont plus responsabilisés et donc plus engagés au service de la performance de leur entreprise.
Sur quoi porte cette transparence ? Essentiellement sur les données chiffrées : les bilans ou autres comptes qui permettent de mesurer la bonne santé de l’entreprise, les salaires des uns et des autres, les politiques de primes, les accès à des avantages qui vont de la formation à la voiture de fonction.
Les attentes peuvent aussi porter sur les évaluations du travail et des comportements des personnes : du classique « meilleur vendeur » au score de l’évaluation à 360 degrés du manager.
Est-ce sérieusement possible ?
Tout le monde souhaite-t-il une telle transparence ?
Il semble urgent de prendre un peu de recul critique pour ne pas se rendre compte trop tard des dégâts que peut provoquer une transparence totale.
1/ Premier constat : nous vivons dans un monde de plus en plus transparent avec les réseaux sociaux. En est-on plus heureux ? Combien d’entre nous ne veulent plus être informés pour « se protéger » ? Il en est de même dans le monde du travail : veut-on tout savoir ? Souvent, on constate que l’information est à disposition mais que personne ne la cherche.
2/ Jusqu’au faut-il ne pas aller ? Avec la notion de vie personnelle et même d’intimité. La question des agendas ouverts à tous se pose. N’a-t-on pas besoin, pour survivre dans le monde du travail, de zones refuges ? A l’abri des regards virtuels ou réels ? (comme dans les espaces de co-working)
3/ Avoir des infos ? OUI ? Mais lesquelles et sous quelles formes ? Car, sous prétexte de transparence on peut être manipulé (des dossiers incompréhensibles, des suites de chiffres sans explication).
4/ La transparence ? Que des impacts positifs ? Pas certain, apprendre le salaire de collègues peut susciter des jalousies, savoir que son manager prend du temps pour aller chercher son enfant à l’école peut être mal interprété.
5/ Et enfin, dilemme : faut-il démoraliser les équipes pour être transparent sur le désastre financier du dernier semestre ? Alors qu’on plus que jamais d’eux pour remonter la pente ?
La transparence ne s’improvise pas. Elle doit avoir des bases solides de confiance et de responsabilité. Il ne s’agit pas que les informations confiées à des collaborateurs soient diffusées URBI et ORBI. Il y a une éducation à la transparence
Car être transparent, c’est se montrer vulnérable, c’est prendre le risque d’ouvrir des boites de Pandore.
Comme tout ce qui touche à l’humain, la transparence est une question de dosage, entre soi, ses valeurs, et le l’environnement dans lequel on travaille.
Publié le lundi 30 septembre 2024 . 3 min. 39
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d'Isabelle Barth
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