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Le poids “démesuré” des réputations dans l'enseignement supérieur

Enregistré le mercredi 19 février 2020 . 4 min. 24

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Le capital réputationnel joue un rôle décisif dans l’enseignement supérieur et la recherche de notre pays. Un étudiant sortant de telle ou telle grande école bénéficie en général d’un a priori positif. Mais ceci s’applique aussi aux universités et organismes de recherche. Faute d’évaluations à la hauteur et d’un système peu transparent, une approche réellement rationnelle est pour le moment un mythe. D’où des réputations qui deviennent des rentes.


Le contexte franco-français de l’ESR est marqué par le poids des hiérarchies symboliques : les écoles sont devant les universités, les organismes de recherche également. A ce jeu, les universités peinent par exemple à faire valoir leurs évolutions et demeurent enkystées dans cette image post-68, que renforcent régulièrement les blocages : une occupation de Tolbiac vaut négativement plus qu’un bizutage médiatisé ou encore la dénonciation du harcèlement voire du racisme dans une école. Accréditations, nombre d’élèves de prépas, chercheurs les plus cités, nombre de lauréats ERC, classements divers et variés... Les critères théoriquement objectivables sont nombreux ! Mais comme dans les relations interpersonnelles, la perception est nimbée d’a priori, de préjugés, de mauvaise information aussi.


Observons les effets de “halo” de la bonne réputation des écoles. Les classements y sont la règle et figent d’ailleurs une hiérarchie qui bouge peu. Si une étude Ipsos, à la demande de la CGE, confirme leur “bonne” réputation tant chez les recruteurs que dans l’opinion publique, 2 résultats retiennent l’attention :


1.  "Être diplômé d’une Grande école convoque un système de valeurs positif entourant le diplômé”. Mais les références sont avant tout celles des plus prestigieuses. Ainsi, par effet de halo, les “petites” écoles, les plus nombreuses, bénéficient du capital réputationnel d’un nombre très limité d’établissements.
2. Ensuite, l’idée dominante, mais à double tranchant, est que les Grandes écoles "permettent de se constituer un réseau professionnel pour sa future carrière". Ce qui peut aussi être interprété comme la supériorité de l’effet réseau sur l’effet académique…


Soulignons enfin, comme le relève Ipsos, que les témoignages cités des recruteurs révèlent sans doute leur origine, selon qu’ils sont issus d’une école ou d’une université.


Bref, les grilles de lecture doivent être en permanence interrogées : par l’origine des décideurs, les représentations dominantes ou encore par les bénéfices supposés mais pas forcément prouvés. Et cela est vrai pour les universités entre elles et les organismes de recherche.


Officiellement, la hiérarchie de la recherche découle des publications et de leur impact, même si ceci est de plus en plus contestée. Pourtant, dans l’opinion publique dite “éclairée”, les biais cognitifs sont les mêmes. Un chercheur fortement médiatisé a plus de chance d’obtenir l’écoute des pouvoirs publics. Cela est vrai en Sciences humaines mais ce “bon sens” commun n’épargne personne, même en sciences dures. Cela ne signifie pas que les hiérarchies actuelles soient fausses : mais les effets réputationnels interdisent leur remise en cause et surtout freinent l’émergence de “challengers”.


Quant aux universités, coincée entre les écoles et les organismes de recherche, hantées par le poids d’un passé difficile, elles font face à un triple défi :


1. Un défi concernant les formations, la résistance à l’évaluation des enseignements permet au tabou de la qualité des contenus des cursus des Écoles de prospérer. Elle permettrait sans doute aussi de remettre en cause la hiérarchie entre les grandes universités parisiennes et les autres.
2. Un défi pour la recherche, parce que, dans un pays ultra-centralisé, les organismes nationaux apparaissent comme les représentants légitimes d’une science qui est pourtant pratiquée dans les universités !
3. Un défi entre universités elles-mêmes car s’est établie une hiérarchie basée justement… sur le poids respectif des organismes de recherche dans leurs laboratoires.


Il existe ainsi un champ infini de représentations qui influencent les décisions à tous les niveaux. Cela concerne les responsables du ou des ministères, les responsables d’établissement, les syndicalistes, les responsables de terrain, bref toutes celles et tous ceux qui sont amenés à prendre ou peser sur les choix. Ce qui implique de mentionner les médias et les journalistes, qui peuvent faire ou défaire une réputation.


Notre système est en réalité peu transparent, mal évalué et vit sur des hiérarchies du passé, rarement remises en cause : le Bachelor pourrait être une épreuve de vérité.


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