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Les avocats et juristes face aux legaltech

Publié le mercredi 10 octobre 2018 . 4 min. 54

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La plateformisation des métiers du droit attendra. Les legaltech devaient pourtant révolutionner un monde juridique plein d’archaïsmes. Mais l’histoire ne se répète jamais tout à fait de la même manière. Là où Uber, Airbnbn et Amazon mènent une guérilla contre les acteurs historiques, les start-up du droit, elles, composent une musique bien différente. Une cartographie de cet univers concurrentiel va nous permettre de mieux décrypter les positionnements des legaltech et leurs intentions réelles vis-à-vis des avocats. Trois dimensions vont nous servir à les révéler.

 

La première, c’est le type de clientèles adressées : particuliers, entreprises mais aussi avocats, voire plusieurs de ces cibles simultanément. Mais c’est bien le segment B2B qui focalise aujourd’hui l’attention des legaltech, certaines vendant leurs servies en marque blanche. Entreprises et professionnels du droit expriment en effet des besoins récurrents en matière de services juridiques. Leur propension à payer s’avère importante. De surcroît, les avocats doivent accélérer leur transformation numérique et accroître leur efficacité face à la concurrence. On comprend alors que les legaltech ont tout intérêt à les ménager : il en va de la rentabilisation de leur modèle d’affaires.

 

La variété des positionnements des legaltech dépend aussi de leur place sur la chaîne de valeur.
• Si les fameuses plateformes de mise en relation sont bien présentes, elles n’ont pas l’effet disruptif observé dans les secteurs du transport ou de l’hébergement. En réalité, elles se bornent à fournir aux avocats une audience élargie couplée parfois à des outils de gestion dans une logique partenariale. On est très loin d’une massification de la demande (par essence hétérogène dans le juridique), d’une organisation et d’un formatage du travail indépendant. Ici pas de subordination technologique ni d’inféodation à des cahiers des charges précis : les avocats sont trop peu dociles pour ce genre d’organisation.
• En amont, des fournisseurs de technologies destinés aux cabinets d’avocats proposent solutions de justice prédictive ou moteurs de recherche juridiques pour accroître l’efficacité opérationnelle de cabinets. Là encore, la relation partenariale domine.
• En aval, des boites noires automatisée aux algorithmes et nourries aux data fournissent des services très standardisés aux particuliers, aux entreprises voire aux avocats. Citons le recouvrement amiable, l’édition d’un bail ou d’un contrat de travail, le dépôt d’une marque ou la création d’une entreprise. Mais les fantasmes qui entourent aujourd’hui l’intelligence artificielle obligent encore à un mix homme/machine pour atteindre les exigences de qualité de documents parfois critiques.

 

Le positionnement des legaltech dépend enfin de leur degré de diversification horizontale. Si les acteurs de niche sont nombreux, quelques-uns se muent en acteurs full-services. Leurs cibles ? Les TPE, historiquement mal adressées par les avocats. C’est le chemin pris par Captain Contrat, Juritravail, LegalPlace ou Legalstart. Un positionnement qui s’inspire du modèle américain type LegalZoom ou Rocket Lawyer, qui maintenant mettent le cap sur l’international. Mais les très fortes disparités des systèmes juridiques forcent à passer des alliances pour s’implanter localement et mettre la main sur les données juridiques, le carburant des legaltech. Pour la France, Rocket Lawyer c’est ainsi associé au groupe ELS, à la tête des éditions Dalloz et Francis Lefebvre, et aux réseaux de professionnels du droit Jurisdéfi et Eurojuris.

 

Cette dissection du cas des legaltech démontre l’impossible généralisation des logiques de plateformes observées dans certains secteurs. Il y a bien quelques similitudes : intensité capitalistique élevée, technologie et marketing triomphants, recours au freemium, évangélisation d’espaces de marché mal adressés par les acteurs traditionnels. Mais ici s’arrête la comparaison. Les legaltech optent en effet pour une approche taylorienne et dépackagée des métiers du droit par nature nombreux et complexes. Une approche qui rend les positionnements foisonnants, les acteurs de niche dominants, tout en reléguant la plateforme de mise en relation de type Uber aux seconds rôles. En outre, l’extrême morcellement de l’offre et de la demande entrave l’émergence d’un Amazon du juridique qui raflerait toute la mise grâce aux effets de réseau. Enfin, les champs cognitifs investis par certaines plateformes se révèlent incroyablement complexes et donc vulnérables aux sauts technologiques en matière d’intelligence artificielle. Bref, la plateformisation des métiers du droit attendra encore un peu.


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