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https://player.vimeo.com/video/319691930?autoplay=1 Olivier-Sibony-La-foule-interieure-la-premiere-impression-n-est-pas-la-meilleure--306345352.jpg
07/05/201904:38

Supposez qu’on vous pose une devinette – par exemple, « quel pourcentage des aéroports mondiaux se trouvent aux États-Unis ? » Vous répondez du mieux que vous pouvez (sans Google, quand même). Et là, surprise : on vous pose à nouveau la même question, en vous sommant de fournir une réponse différente. Laquelle des deux réponses est la meilleure ?

Sagesse des foules


Dans une étude célèbre, deux chercheurs, Edward Vul et Harold Pahsler, ont répondu à cette question. Ils ont même testé deux modalités différentes : soit en reposant la question immédiatement, soit en attendant trois semaines (le temps que les sujets oublient les questions et les réponses qu’ils avaient faites). Dans les deux cas, le résultat est le même : en moyenne, la première réponse est supérieure à la seconde. L’adage se trouve donc confirmé, direz-vous : c’est la première impression qui est le plus souvent la bonne.

Mais ce n’est pas le plus intéressant. Le vrai enseignement de cette étude, c’est que la moyenne de vos deux réponses est bien meilleure que votre première réponse. Quand on attend trois semaines, l’erreur est réduite de 12 à 20% par rapport au premier essai. Quand le second essai est immédiat, la moyenne des deux essais représente quand même une amélioration : l’erreur est réduite de 3 à 10%.

Le résultat est étonnant. Vous savez, bien sûr, que si deux personnes différentes (et indépendantes l’une de l’autre) répondent à la même question, la moyenne de leurs réponses sera généralement moins erronée que celle de chacune. C’est le phénomène de la « sagesse des foules », qui repose sur un principe statistique simple : des erreurs indépendantes tendent à se compenser. Mais ici, il ne s’agit pas de personnes différentes – il s’agit de vous, à deux moments différents ! Pourtant, tout se passe comme si vos deux estimations provenaient de deux personnes différentes.

Les auteurs de cette étude ont d’ailleurs donné à ce phénomène le nom poétique de « foule intérieure ». Aux deux moments où vous donnez vos réponses, vous êtes en quelque sorte deux « personnes » différentes, choisies dans la foule des opinions possibles que vous pourriez produire. Quand on vous force à consulter une autre de ces « personnes », vous produisez donc une « seconde opinion ». 

Une leçon d’humilité


Approfondissons un instant la signification de ce résultat. Nous pensons, au moment où nous les formulons, que nos analyses, nos jugements, nos estimations, sont des valeurs précises. Mais ce sont en réalité des « fourchettes » : quand nous répondons « 60% », ce que nous voulons dire, c’est « entre 50 et 70% ». Nous demander une autre estimation, c’est nous forcer à reconnaître cette incertitude. Nous fournissons alors une autre valeur incluse dans notre intervalle de confiance. La moyenne de ces valeurs est plus proche de la vérité que notre première réponse.

Il a au moins trois morales à cette histoire. La première est pratique : il suffit, pour améliorer ses estimations, de se questionner deux fois.  C’est ce qui explique que la nuit porte conseil.

La deuxième morale est… politique : l’amélioration que nous obtenons en nous remettant en cause nous-mêmes est bien faible par rapport à celle que produit une vraie seconde opinion, provenant d’une personne différente. Statistiquement, l’amélioration attendue en attendant trois semaines pour se reposer la question n’est quand même que le tiers du bénéfice qu’une seconde opinion pourrait nous apporter – sans attendre. Se remettre en cause, c’est bien ; se faire remettre en cause par autrui, c’est mieux…

Mais c’est la troisième morale qui nous interroge réellement. Car si notre estimation s’améliore en réfléchissant une seconde fois, ce n’est pas parce que « la nuit porte conseil » ou parce que, « à la réflexion », nous arrivons à une réponse différente. Notre jugement ne s’est pas amélioré. Au contraire : il est faux à chaque fois, mais différemment. Quand nous faisons une estimation, nous sommes un peu comme un tireur maladroit, dont les essais successifs composent un nuage de points autour du centre de la cible, sans jamais l’atteindre exactement. Plus les points seront nombreux, et plus leur barycentre sera proche du mille.

Bref, si nous pouvons espérer faire mieux en multipliant les essais, c’est parce que nous ne visons jamais juste. La foule intérieure, c’est surtout une leçon d’humilité…

SOURCES :
https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1111/j.1467-9280.2008.02136.x?casa_token=SdrjXoc5DjoAAAAA:TkJE-480GzEWS-3cq0_kN88KlFfYcfC7zoCMcV9UyTzSLKCkmjg-mI0SqVruEEGhVA7XnUgUcWup


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Mots clés : ManagementErreursJugementRéflexionPremière impressionEstimation

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