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Quand il faut savoir valoriser les partisans du moindre effort

Publié le jeudi 13 octobre 2022 . 5 min. 09

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En bonne logique managériale, ce qui compte, c’est le résultat. Ensuite, qu’une personne ait besoin de faire plus ou moins d’efforts pour y parvenir a son importance aussi : à résultat égal, il vaut mieux qu’on ait eu besoin de faire moins d’effort. C’est même la définition de la productivité.

Pourtant, nous sentons bien que cette observation pose problème. Intuitivement, nous apprécions qu’un travail ait demandé de l’engagement, de l’énergie, de l’investissement. D’ailleurs, quand on dit de quelqu’un qu’il est partisan du moindre effort, ce n’est pas un compliment.

Au travail, on retrouve partout cette valorisation de l’effort pour lui-même : c’est pour cela que dans beaucoup d’organisations, il vaut mieux être vu au bureau que travailler tranquillement chez soi. C’est pour cela aussi qu’on hésite à partir quand on a fini son travail, même si, en théorie, on ne compte pas ses heures.

Six chercheurs se sont penchés sur ce phénomène pour essayer d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Ils sont partis d’un constat simple : en général, évidemment, l’effort et le résultat sont corrélés. Le collègue que nous critiquons parce qu’il est « partisan du moindre effort » n’a sans doute pas abattu le même travail que sa voisine de bureau plus diligente. Si l’on veut comprendre notre préférence pour l’effort, il faut donc distinguer deux choses : la critique – légitime – d’un effort insuffisant pour atteindre le résultat attendu ; et l’apologie – plus étonnante – de l’effort inutile.

Pour cela, les chercheurs ont soumis à huit échantillons de sujets, soit 5500 personnes en tout, une série de situations où deux personnes obtiennent exactement les mêmes résultats, mais avec des niveaux d’effort différents. Ils ont ainsi pu comparer les jugements qu’on porte sur eux. Résultats : Entre deux ouvriers qui produisent le même nombre d’articles avec la même qualité, nous préférons celui pour lequel cela a été le plus difficile. Et on a plus confiance dans une personne qui court 5 km en 30 minutes au prix d’un effort important que dans une autre personne qui parcourt la même distance dans le même temps sans difficulté. Dans un autre scénario, on juge même plus favorablement une personne qui choisit de continuer à faire son travail alors même que ce travail est devenu complètement inutile.

Bref, dans toutes ces situations, nous évaluons la contribution des individus à l’aune de l’effort fourni, pas du résultat. En simplifiant, si nous sommes face à deux personnes qui ont produit le même résultat et si nous devons choisir de travailler avec l’une des deux, les trois quarts d’entre nous choisirons celle qui a dû faire le plus d’efforts. C’est paradoxal, si l’on considère que celle qui n’a pas eu besoin de beaucoup se démener dispose d’une réserve de productivité. Mais ce sont les « inputs », pas les « outputs », auxquels nous prêtons attention.

L’étude ayant été faite aux Etats-Unis, on pourrait voir dans ce type de jugement une manifestation de l’éthique protestante décrite par Weber comme un pilier du capitalisme américain. Mais ce n’est pas seulement cela : les auteurs de l’étude ont pris soin de répliquer leurs expériences dans deux autres pays, la Corée du Sud et la France. Ils ont obtenu des résultats sensiblement identiques.

Les auteurs proposent une explication de ce phénomène : la moralisation de l’effort. Ils ont montré que les jugements de cette étude ont une forte composante morale : les personnes qui font le plus d’effort nous semblent plus fiables, plus dignes de confiance, bref, plus morales que celles qui obtiennent le même résultat sans effort.

Selon eux, il s’agit d’une heuristique utile pour choisir à qui accorder notre confiance. De même que nous valorisons certains comportements prosociaux, même quand ils semblent inutiles, nous considérons que les personnes qui font le plus d’efforts – même sans résultat – démontrent leur engagement au service de la collectivité. Choisir de travailler avec ces personnes-là, c’est s’assurer un partenaire coopératif, et éviter le risque d’être exploité par un « passager clandestin ». Cette heuristique de l’effort serait un produit de l’évolution, utile en ce qu’elle nous permettrait généralement de bien choisir nos partenaires de travail.

Le problème, bien sûr, c’est que comme toute heuristique, l’heuristique de l’effort peut aussi conduire à des comportements irrationnels pour la société dans son ensemble. Considérons par exemple le phénomène des « bullshit jobs », ces postes qui ne servent objectivement à rien, mais dont les titulaires travaillent dur. Tout se passe comme si leurs efforts servaient avant tout à signaler leur valeur morale. Mais cela ne les rend pas plus utiles pour autant.

En somme, si l’heuristique de l’effort nous est utile dans nos jugements personnels, peut-être que nous devrions apprendre à nous en méfier au niveau organisationnel. Et peut-être même que nous devrions apprendre à applaudir les partisans du moindre effort…


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