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Nombre de macroéconomistes ne semblent pas se préoccuper outre mesure de l’endettement des Etats. Cette vision heurte les ménages qui savent bien qu’il leur faudra inévitablement rembourser leurs propres dettes, un jour ou l’autre. Et l’entreprise sait aussi qu’elle devra rendre ce qui lui a été prêté. Les macroéconomistes seraient-ils cigales quand les ménages et les entreprises seraient fourmis ?


En fait, les économistes nous disent que la vraie question est celle de la soutenabilité de la dette, pas son niveau absolu. Tant que la croissance du PIB est supérieure au taux d’intérêt servi, la dette est soutenable dans la durée. Et, selon eux, des investissements publics ciblés, financés par la dette, sont un bon moyen pour générer de la croissance. Ainsi quand l’argent n’est pas cher, ces économistes pensent « effet de levier ». C’est particulièrement vrai actuellement avec des taux d’intérêt négatifs qui constituent une bizarrerie que l’on peut expliquer par l’analogie du coffre-fort loué pour y mettre ses avoirs en sureté. Les dettes souveraines des Etats fiables sont ainsi vues comme des coffres forts où sécuriser son argent.


L’effet de levier est bien connu en finance d’entreprise. Emprunter quand les taux servis sur les capitaux empruntés sont inférieurs à la rentabilité générée. Se désendetter quand les taux montent. En macroéconomie, la croissance se substitue à la notion de rentabilité. Dans ce cas, les cigales parmi les économistes recommandent d’emprunter pour stimuler la croissance qui assurera la soutenabilité de la dette. CQFD.


Oui, mais au jour du jugement dernier, que se passera-t-il ? « Quand la bise fut venue », quand les taux remonteront, sans croissance macroéconomique, que faire ?


Par crainte du surendettement, le bon sens paysan conduit les ménages à s’occuper de rembourser, pas d’emprunter encore et encore. Par crainte de la banqueroute, le dirigeant d’entreprise réagit de même. De son côté, le macroéconomiste semble penser surtout au flux du service de la dette, c’est-à-dire au paiement des intérêts plutôt qu’au stock à rembourser. Les prêts arrivés à maturité sont remboursés à l’échéance par de nouveaux emprunts sur les marchés financiers. Tant que la signature de l’Etat souscripteur est solide, c’est tenable. Mais pourquoi cette logique ne pourrait-elle pas aussi s’appliquer à l’entreprise ? Emprunter pour rembourser ses prêts arrivant à maturité et ainsi de suite. Sauf que, pour durer, les entreprises ont appris qu’il ne faut pas jouer avec le feu, car le coût de l’argent peut remonter.


Les choses se gâtent quand certains macroéconomistes plus cigales encore que les autres, à force de ne pas se préoccuper du stock d’encours de la dette, suggèrent sans sourciller de tout simplement gommer une partie de la dette, celle détenue par la banque centrale. Réemprunter indéfiniment pour rembourser les échéances de sa dette suppose de trouver prêteur. Mais ne pas rembourser ne serait-ce qu’une partie de la dette, ou même simplement l’envisager, c’est faire fuir nombre de prêteurs.


Au bout du bout, entre ménages, entreprises et Etat, la différence de perception de ce qu’est la dette est liée à la représentation que les organisations ont d’elles-mêmes. Les ménages se savent mortels, les macroéconomistes pensent les Etats comme immortels. Entre les deux, les entreprises s’espèrent immortelles mais se savent mortelles.


Les Etats, comme les ménages ou les entreprises, sont des organisations humaines qui sont toutes mortelles face au temps géologique, et plus encore au temps de l’astrophysique. Mais, à l’échelle du temps humain, les Etats ont une espérance de vie supérieure à celle des ménages. Et les entreprises sont dans l’entre deux.


D’une certaine façon, la soutenabilité respective de la dette des ménages, des entreprises et des Etats n’est que le reflet de leur rapport au temps et à l’immortalité.
Pour une métaphysique de la dette, en quelque sorte.


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