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Numérique et intelligence économique

Publié le mardi 13 novembre 2012 . 8 min. 44

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Xerfi Canal présente l'analyse de Claude Revel, experte en intelligence économique et stratégie d'influence et présidente-fondatrice d'IrisAction


La prise de conscience

L’intelligence économique, que j’appellerai IE selon son abréviation convenue, c’est d’abord et avant tout du traitement de l’information et ce, pour en tirer 1) de la connaissance et de l’anticipation, 2) des moyens de prévention de risques et de sécurisation, et enfin, 3) des outils pour des stratégies d’influence, c’est-à-dire pour agir le plus possible sur l’environnement extérieur et  le subir le moins possible.
L’IE est fille  de la mondialisation des échanges et du développement foudroyant du numérique. Lui-même information, le numérique est devenu un vecteur privilégié des informations de tous ordres qui nous parviennent et il en entraîne une profusion sans précédent.  
Le numérique a transformé l’information en une énergie devenue aussi stratégique pour l’économie et le politique que les énergies physiques, pétrole, gaz , etc. Il est symptomatique de voir que les plus grosses capitalisations boursières mondiales  appartiennent aujourd’hui aux géants du numérique et de l’internet et que ce n’est pas terminé. Le numérique intéresse autant les investisseurs que les militaires et les politiques avisés. L’intelligence économique s’intéresse à la sécurisation matérielle des activités numériques, protection des données etc. mais aussi et surtout à ses aspects immatériels moins immédiatement perceptibles. 
 Le numérique permet de produire, transporter et livrer à domicile des contenus, des idées, des modèles, des rumeurs.  Et ce en permanence, en temps réel par rapport à l’évènement et au même moment dans le monde. Les technologies de l’information facilitent l’adhésion de groupes entiers, l’influence éthique par la conviction, mais aussi la manipulation individuelle ou collective. 
L’information, comme toute énergie, peut être utilisée à toutes sortes de fins, des plus pures aux plus criminelles. Selon leur morale et en l’absence de loi mondiale, chacun peut user de plus en plus facilement de l’information comme du reste, de manière honnête ou malhonnête, pour en faire un instrument de profit et de puissance. Ces jeux d’information et d’influence sont omniprésent, or  la formation à leurs rouages est très peu développée, en tout cas en France. Un texte ministériel de septembre 2011 a prévu d’étendre un enseignement minimal d’IE à tous les étudiants du supérieur. Nous pensons que l’on pourrait former les élèves dès le collège au traitement de l’information issue du numérique.



Numérique, information et puissance 

L’information et l’influence, nouvelles énergies propagées par le numérique,  ont déjà complètement redistribué les cartes de la puissance depuis une trentaine d’années. Certains États, certaines entreprises ont anticipé voire formaté ce nouvel environnement. D’autres non.

La formalisation de l’information en tant que nouvelle énergie et source de valeur pour l’entreprise est venue des États-Unis. L’information a très vite été comprise chez les Américains comme un facteur de production, qui contribue à la formation de la valeur ajoutée de l’entreprise. La business intelligence fondée sur l’exploitation automatisée de l’information y est née dans les années 50. Cette prise en considération précoce de la valeur immatérielle est une des raisons de la domination actuelle du « logiciel de pensée » anglo-saxon.  Les États-Unis ont su anticiper la nouvelle donne mondiale et que dès les années 1980, Al Gore poussait au développement des « autoroutes de l’information ». Les pays européens n’ont commencé à s’organiser que plus tard, l’Union européenne encore plus, lorsque le nouveau monde du Web appartenait déjà à Microsoft, Cisco, Apple, Google,  Amazon, etc., qui ont été suivis pour le Web 2.0 par Facebook, Twitter, Google+, YouTube… 
Aucune entreprise européenne ne règne sur l’Internet au même niveau que les entreprises américaines. Il en va de même de la gouvernance des réseaux de l’internet, gérés l’ICANN, qui gère ainsi  un pipeline d’énergie numérique mondiale, et dont les médias parlent peu. Dans tous ces domaines, les Européens ont suivi mais pas initié, alors même qu’ils disposaient à la même époque en leur sein de technologies de pointe (le Minitel) dont leurs créateurs, des Français, n’ont su que faire en termes d‘influence, économique, culturelle et politique.


Numérique et politique 

Le numérique devient un outil privilégié de campagne, initié en France par Ségolène Royal  qui avait un directeur de campagne numérique qui a innové en 2007 en utilisant le Web et les réseaux.
Autre angle de vue, le basculement de la puissance vers les privés. Prenons l’exemple de Google : via son réseau, ses interventions, les données qu’il possède, l’accès qu’il donne à des milliards d’informations, l’ouverture qu’il apporte, son poids financier – soit une trésorerie disponible de près de 35 milliards de dollars –, en bref, via sa domination du secteur de l’information, on peut dire que Google est à même d’exercer une influence majeure sur la gouvernance du monde. Son CEO Eric Schmidt fait déjà  partie de l’United States President’s Council of Advisors on Science and Technology (PCAST), qui conseille Barack Obama sur les sujets touchant au numérique et mène avec ce dernier des opérations intéressantes comme cette réunion de repentis à Dublin en été 2011.  
Et on ne peut qu’être intéressé quand on apprend par exemple qu’en novembre 2009, Mme Clinton avait annoncé le lancement de ?l’initiative société civile 2.0 ” qui aidera les organisations indépendantes à travers le monde à utiliser la technologie numérique, “attribuant 5 millions de dollars de subventions à des programmes pilotes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord qui permettront d’accroître les nouveaux médias et les capacités de mise en réseau des organisations de la société civile ».
Aujourd’hui, les immenses multinationales propriétaires des énergies matérielles (pétrole, gaz) et immatérielles (information) sont de moins en moins nombreuses et elles n’ont à s’incliner devant aucun pouvoir national, ceux-ci étant chacun inopérant face à elles. Seul un pouvoir multilatéral mondial pourrait les encadrer, mais il n’existe pas ou que de manière très spécialisée et dans l’attente d’une gouvernance, elles pourraient bien influencer les États plutôt que l’inverse. D’autant que sur un plan micro économique, les multinationales de l’information numérique vont encore grossir en investissant  les nouveaux métiers numériques d’opérateurs traditionnels.
Nous devrions être capables d’anticiper tout cela en France, pour agir en amont, mais nous avons un big problem tenant à nos divisions internes, notamment sur la place respective de l’Etat et des entreprises.

Claude Revel, Numérique et intelligence économique, une vidéo Xerfi Canal


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