L’industrie a vécu pendant une trentaine d’années dans le confort d’un modèle linéaire : il fallait produire là où c’était le moins cher, assembler ailleurs, savoir livrer partout. Nous étions dans un monde fluide, presque mécanique. Puis sont venues les crises - pandémie, tensions géopolitiques, pénuries critiques – qui ont modifié les règles du jeu : l’optimisation des coûts ne garantit pas la sécurité.
Quand l’optimisation crée de la vulnérabilité
De fait, le triptyque “un site, un méga-fournisseur, une route maritime” garantissait des économies d’échelle… jusqu’à ce que chacun de ces points devienne un maillon de rupture potentielle. La dépendance excessive n’est plus un simple effet collatéral de l’optimisation : c’est un risque souverain à part entière. Et ce risque doit désormais être quantifié et intégré dans la localisation des maillons de la chaine de valeur.
Le faux débat de la relocalisation totale
Face à cette fragilisation, l’idée d’un retour massif de la production en Occident ressurgit régulièrement. Mais c’est illusoire. Ni les coûts, ni les compétences, ni les volumes ne permettent une relocalisation intégrale. Le sujet n’est donc pas de rapatrier, mais de répartir autrement.
Le véritable mouvement : la multi-localisation
C’est ce basculement massif qui est en cours avec la création de réseaux multi-hubs, le recours au multi-sourcing, le friend-shoring dans des zones jugées moins exposées au risque. C’est par exemple la stratégie Schneider Electric : des sièges éclatés sur trois continents, une montée en puissance de l’Inde, des usines rapprochées des marchés.
La redondance intelligente plutôt que la duplication
De fait, il ne s’agit pas d’ouvrir trois usines identiques, mais de prévoir un second site capable de reprendre une partie de la production si le premier s’arrête. Quelques lignes configurées à l’identique suffisent souvent à éviter la paralysie totale. C’est cette organisation pragmatique qui permet d’obtenir une véritable sécurité. Mais tous les composants n’ont pas la même criticité. C’est pourquoi il faut sécuriser en priorité ce qui est rare, stratégique, ou médiatiquement sensible.
Concevoir la flexibilité dès le produit
La résilience se joue d’abord au bureau d’études : choisir des matières substituables, utiliser des plateformes communes, harmoniser les standards. Un produit pensé dès le départ pour pouvoir être fabriqué sur plusieurs sites se sécurise beaucoup plus facilement - et à moindre coût - qu’une architecture rigide, même parfaitement optimisée.
Vers une compétitivité fondée sur la continuité
La performance ne se mesure alors plus seulement au coût immédiat, mais aussi à la dépendance à un pays, à une zone, à la vitesse de redémarrage, à la diversité des sources, ainsi qu’à l’empreinte carbone et à l’ancrage local. La compétitivité ne tient alors plus seulement au prix, mais aussi à la capacité de résister. Dans un monde multipolaire et instable, le moins cher cède la place au plus sûr, au plus robuste et au plus stratégique.
Publié le lundi 26 janvier 2026 .
3 min. 11
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de Philippe Gattet
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