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Comprendre le déficit commercial chronique de la France

Publié le lundi 29 avril 2019 . 4 min. 48

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La contribution positive du commerce extérieur en 2018 ne doit pas faire illusion. C’est juste une histoire de circonstances liée à l’écrasement de la demande intérieure, ce qui a freiné les importations alors que la croissance eurolandaise restait encore assez robuste pour permettre aux exportations de progresser encore. Ce décalage conjoncturel ayant disparu, retour à la tendance de fond : celui d’un commerce extérieur qui plombe l’économie française depuis plus de 20 ans. Sa contribution à la croissance est régulièrement négative, à l’exception de la parenthèse de 2012-2013, conséquence sur les importations de la mise en coupe réglée de la demande domestique à la suite du plan de rigueur Fillon. Le commerce extérieur a finalement coûté près de 4 points de croissance en cumulé depuis 1998.


A l’export, la France régresse plus que les autres


L’analyse du taux de couverture (soit le rapport entre les exportations et les importations) sur longue période révèle également à quel point la situation est critique. Vus sous cet angle, les déséquilibres actuels de la balance commerciale sont les plus longs et les plus profonds. Il y a certes eu de sévères accrocs au milieu des années 70 ou au début des années 80, contrecoups des chocs pétroliers et des politiques de relance keynésienne des gouvernements Chirac et Mauroy. Sans coordination avec nos plus proches partenaires, elles ont dynamisé les importations au moment même où la demande mondiale adressée aux entreprises française tombait en panne, mettant à terre les exports. Mais aujourd’hui rien de tel. La flambée des matières premières avant la grande récession, puis en 2010-2011, a en fait amplifié un mouvement déjà enclenché.


Le véritable tournant se situe peu avant le milieu des années 2000. Les performances extérieures françaises décrochent brutalement entre 2003 et 2010 pour trébucher de nouveau, après une période d’accalmie. Et la comparaison avec les autres pays de la zone euro traduit l’acuité du problème français. La France régresse plus que les autres sur ses marchés d’exportation. Même tendance sur le marché intérieur. Le taux de pénétration des importations, qui décolle peu avant le milieu des années 2000, n’a cessé de grimper depuis. C’est le signe d’une hausse des intrants importés, commune à toutes les économies, mais aussi de l’abandon de segments entiers de production.


Des faiblesses structurelles


Cette double cassure, interne et externe, est la conséquence de trois faiblesses majeures et d’un décalage : 1) une compétitivité dégradée ; 2) un mauvais positionnement géographique et des produits ; 3) un appareil exportateur atrophié. Quant au décalage, il est démographique car l’accroissement de la population soutient la demande intérieure.


Côté compétitivité, le coût du travail en France est passé dans l’industrie et les services marchands de 24,4 euros de l’heure (salaire brut et charges employeurs comprises) en 2000 à 37,2 fin 2018, hissant la France au rang de pays le plus cher des grandes économies européennes. C’est plus qu’en Allemagne où la compétitivité hors-prix des produits est pourtant jugée très supérieure, et bien plus élevé qu’en Italie où la qualité de la production est jugée très proche des standards français.


Autre travers : l’essentiel de la production française est de moyenne gamme, coincée entre les pays à bas coûts qui exportent des produits à bas prix et ceux spécialisés dans les productions à forte valeur ajoutée. A cela se greffe un positionnement trop « européano-centré » : 59% des exportations françaises sont destinées à l’Union européenne. A l’opposé, les BRIC (pris comme étalon des pays émergents) ainsi que les États-Unis (de loin le pays avancé le plus dynamique) captent seulement 14,5% des exports français. Une part qui monte à 15,5% en Italie et à plus de 19% en Allemagne.


Troisième faiblesse, l’atrophie de notre base exportatrice, l’une des conséquences de la désindustrialisation. Le socle est réduit par rapport à nos voisins : pour 100 entreprises exportatrices françaises, on en compte 171 en Italie et 265 en Allemagne. Et il faut encore ajouter la balance des services, qui plafonne loin de ses records malgré les recettes touristiques, pour achever l’analyse et s’apercevoir que la France perd aussi cette bataille-là.


Les problèmes du commerce extérieur français sont structurels et aucune amélioration n’est à espérer à court terme. C’est bien pourquoi 2% de croissance de façon durable en France, c’est juste mission impossible.


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