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La France vit-elle au-dessus de ses moyens ? La question ne date pas d’hier, mais d’avant-hier : de 1976, lorsqu’elle est soulevée par Raymond Barre, alors Premier ministre. Pour certains, la réponse est clairement non, car vivre au-dessus de ses moyens, en général, ça se voit : tout est consommé, rien n’est mis de côté, on est le plus souvent à découvert. Dit autrement, un pays vit au-dessus de ses moyens si son taux d’épargne domestique est négatif. Or, la cagnotte des Français est bien remplie : à plus de 9%, le taux d’épargne financière tutoie ses plus hauts niveaux depuis la Seconde Guerre mondiale (hors phase exceptionnelle de la crise du Covid) ; les encours s’approchent de 6 500 milliards d’euros. Cette approche, fondée sur le seul taux d’épargne des ménages, est cependant triplement réductrice.

Une épargne élevée qui masque des fragilités structurelles

D’abord, elle passe sous silence leur niveau d’endettement, plus si éloigné de la barre des 2 000 milliards d’euros, soit environ une année de revenu. Ce ratio, sur longue période, a eu tendance à augmenter, même s’il connaît une décrue récente. Ensuite, rien n’est dit sur la formation même du revenu des ménages. Or, le diable se cache dans les détails, en l’occurrence dans la ligne « prestations sociales en espèces ». Il s’agit des transferts monétaires versés par les administrations de sécurité sociale, l’État ou les collectivités publiques — pensions de retraite, allocations chômage, RSA, entre autres. Ces montants sont en hausse constante : ils atteignent désormais près de 650 milliards d’euros et représentent structurellement plus du tiers du revenu des ménages.

Regarder au-delà des ménages pour mesurer le déséquilibre

Or, un pays ne peut être réduit à un seul de ses agents économiques. Il faut intégrer dans l’équation l’ensemble de l’administration publique ainsi que les entreprises. Dans le cas des « prestations sociales en espèces », celles-ci sont financées par des organismes le plus souvent déficitaires, qui recourent à l’endettement pour en assurer le versement. Pour avoir la photo la plus juste possible, il faut une vision panoramique. Premier indicateur : la balance des transactions courantes, qui dans une logique de flux, regroupe les échanges de biens et de services, les revenus et les transferts à destination ou en provenance de l’étranger. Lorsqu’elle est déficitaire, le pays dépense plus qu’il ne produit. Il doit alors se financer à l’extérieur ; il vit effectivement sur une année au-dessus de ses moyens. Le déficit courant aura encore atteint plus de 10 milliards d’euros en 2025, soit environ 0,5% du PIB. Ces chiffres peuvent paraître modestes, mais l’accumulation des déficits pose problème. Or, sur les 20 dernières années, trois seulement ont été excédentaires.

Une dégradation externe qui rapproche de l’impasse

Cette approche se complète par une approche en termes de stocks, donnée par la position extérieure nette du pays. Ce second indicateur représente le patrimoine ou l’endettement net des Français (des résidents) vis-à-vis du reste du monde. Lorsqu’elle est négative, cela signifie que les Français ont reçu davantage de capitaux de l’étranger (sous forme d’endettement ou d’investissements en capital, principalement) qu’ils n’y ont investi. Vu sous cet angle, la situation s’est considérablement détériorée. Créancière du début des années 1990 jusqu’au milieu des années 2000, la France est devenue débitrice. À tel point que le solde s’est plusieurs fois approché dangereusement du seuil d’alerte de 35% du PIB fixé par les règles européennes.

La France n’est pas loin de l’impasse. Le pays reste solvable, certes, mais en cas de remontée brutale des taux, sa solvabilité serait remise en cause, avec, en bout de course, une crise de liquidité. Le prix à payer pour un pays qui vit au-dessus de ses moyens.


Publié le vendredi 19 décembre 2025 . 4 min. 05

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