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07/05/202104:42

La France puissance agricole inébranlable bien installée sur son piédestal, totalement indépendante alimentairement. C’est une image d’Épinal, mais c’est aujourd’hui une vielle photo décolorée. Avec une production supérieure à 70 milliards d’euros en 2020, la France domine pourtant encore totalement le top 5 européen, loin devant l’Allemagne en deuxième position. En grossissant à peine le trait, l’agriculture française c’est celle du Royaume-Uni et de l’Espagne réunie. Là où l’image s’écorne un peu, c’est que le poids de l’agriculture française dans l’UE se réduit au fil du temps passant de 20% de la production agricole européenne à la fin des années 90 à environ 17% aujourd’hui.


Perte de compétitivité et d’indépendance


Deuxième encoche, la perte de compétitivité de la « ferme France » dans son ensemble. La part de marché mondial de l’agriculture française a été divisée par deux depuis le début des années 90 pour tomber juste au-dessus de 4%. Désormais, l’Allemagne et les Pays-Bas ont des parts de marché supérieures à celle de la France qui a glissé de la 2e place des principaux pays exportateurs agricoles au début des années 80 à la 6e aujourd’hui. La contrepartie de cette descente se paie par une performance extérieure qui se détériore avec des excédents qui ont fondu, divisés par quatre depuis 2013 en y intégrant les produits de la mer. Pire encore, la France a été déficitaire courant 2017. Cette cassure historique est avant tout liée à la diminution des excédents avec l’Union européenne et à la montée de la concurrence avec de nos principaux voisins — Allemands, Néerlandais, Espagnols, Britanniques et, depuis peu, ceux venus d’Europe de l’Est.


En d’autres termes, l’indépendance alimentaire de la France s’est réduite et cela se paie notamment par une contribution des excédents agricoles au commerce extérieur de plus en plus faibles. Cette vision macroscopique masque en outre de véritables carences, dans la filière fruits, des produits de la mer et des légumes notamment.


Encore faut-il, pour prendre la pleine mesure des conséquences de la perte de notre indépendance alimentaire, intégrer l’industrie des produits transformés, c’est-à-dire les IAA (hors boissons), les excédents viti-vinicoles masquant la tendance de fond dans l’alimentaire. Avec cette vision élargie, pas de doute possible, « exit » l’indépendance alimentaire pour la France. Le solde a plongé dans le rouge courant 2014 sans jamais revenir ne serait-ce une fois à l’équilibre depuis.


L’affaiblissement du duo agriculture/IAA s’autorenforce, c’est une machine infernale et désormais les importations couvrent une part de plus en plus importante de l’alimentation des Français : près d’un fruit et légume sur deux consommés en France est aujourd’hui importé, plus d’un tiers de la consommation intérieure de volaille (c’était 13% en 2000) et un quart de la consommation de porc. Pour certaines filières, l’extérieure est devenue la première source d’approvisionnement : ainsi si la viande de bœuf d’origine française représente 93% des ventes dans la grande distribution, cette part tombe à 48% dans la restauration qui s’approvisionne massivement avec des produits importés.

 
Problèmes de traçabilité


La montée de la part des produits importés dans nos assiettes n’a pas simplement un coût économique, cela soumet aussi le pays au risque d’un assèchement brutal de ses sources d’approvisionnements en cas de fermetures des frontières, une véritable épée de Damoclès. Mais c’est aussi une traçabilité moins efficiente pour ne pas dire déficiente.


Sur les produits bruts d’abord. Si dans le domaine de l’élevage par exemple, de la naissance à l’abattage la traçabilité individuelle totale (de la naissance de l’animal jusqu’à son abattage) est obligatoire dans l’UE , e n’est pas le cas des autres principaux pays exportateurs de viande, tout particulièrement les États du Mercosur, ce qui expose les consommateurs à des risques sanitaires accrus. De même pour les produits transformés estampillés made in France, leur composition peut très bien être issue de produits venus d’ailleurs au risque de tromper le consommateur. La perte de dépendance alimentaire est aussi antinomique avec le locavorisme, une aspiration de plus en plus forte de la population. Selon les enquêtes de consommation menées auprès des ménages, la demande en produits locaux ou régionaux est à un sommet depuis le début des années 90. A cela s’ajoute l’impact environnemental non pas forcément lié aux méthodes de production, mais tout simplement au transport.


Le prix de notre perte indépendance alimentaire, ce sont des recettes extérieures qui se tarissent, de la croissance et des emplois en moins, des IAA moins performantes, une menace de pénuries sur nos approvisionnements, une traçabilité moins efficace qui s’accompagne des risques sanitaires et de tromperies sur les produits, sans parler du revenu des agriculteurs. C’est aussi une remise en cause du locavorisme et un coût environnemental élevé. Entre hypercompétitivité, sécurité, environnement, le modèle agricole n’a pas fait ses choix et se retrouve aujourd’hui en plein questionnement.


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