NAO : trois lettres pour « Négociations Annuelles Obligatoires ». Un rendez-vous majeur dans toute entreprise de plus de 50 salariés, où direction et représentants du personnel ouvrent le dossier particulièrement sensible des rémunérations, y compris la prime de partage de la valeur. Après deux années de rattrapage marqué par la flambée des budgets salariaux, le mouvement s’est nettement ralenti en 2025. Avec le reflux de l’inflation et la modération des revalorisations du Smic, les hausses négociées sont retombées à 2,3% en moyenne parmi les entreprises ayant augmenté les salaires. Cette année, tout indique que ce sera encore moins. Il est évidemment trop tôt pour dresser le bilan des négociations portant sur 2026 : toutes n’ont pas été engagées, loin s’en faut. Mais 1- la tendance observée tout au long de 2025 confirme l’atterrissage des politiques salariales. Et 2- les premiers accords qui entreront prochainement en vigueur ne laissent guère espérer un rebond.
Un début d’exercice 2026 sans perspective de hausse
Le secteur bancaire, qui ouvre traditionnellement le bal des NAO, en donne une illustration : BNP Paribas, aucune augmentation générale mais une prime de partage de la valeur et des mesures ciblées comme l’intéressement ; augmentation collective de 0,5% au Crédit Agricole ; de 1% au Crédit Mutuel Alliance et au CIC. Dans la restauration, Elior se limite à 1% aussi. Les exemples bloqués autour de 1% se multiplient.
L’exercice 2026 s’annonce clairement dans la continuité de 2025, avec en ligne de mire le renforcement de cinq tendances déjà bien visibles : Le nombre d’accords salariaux diminue. Les hausses proposées s’éloignent des revendications du personnel, et l’évolution des salaires est de plus en plus fixée par décision unilatérale des employeurs. Les enveloppes salariales se réduisent, voire disparaissent, tandis que progresse le nombre d’entreprises sans budget d’augmentation, dans un contexte économique et politique toujours plus incertain. L’inflation avait ravivé les augmentations collectives. La parenthèse est close : la logique individuelle reprend clairement le dessus. Le modèle se polarise : hausse générale ou individuelle, sans approche mixte. De plus en plus d’accords n’intègrent plus de hausses pérennes, mais uniquement des mesures périphériques (Prime de Partage de la Valeur, primes ponctuelles, avantages repas, mobilité, jours de congés supplémentaires, etc.).
Des cadres face à une mobilité en perte d’attractivité
Les cadres et les jeunes diplômés seront en première ligne. Les premiers ont parfaitement intégré la situation. En 2025, seulement 53% des cadres ont été augmentés, soit sept points de moins qu’en 2024. Et la mobilité n’apparaît pas comme une échappatoire : moins de 40% estiment qu’ils seraient mieux rémunérés en changeant d’entreprise. Rester en poste, même au prix d’une hausse limitée, s’impose comme la nouvelle norme.
Des jeunes diplômés contraints de multiplier les concessions
Les seconds ont également parfaitement intégré qu’il est devenu impératif de faire des concessions pour trouver un emploi. Interrogés en juin 2025, 84% des Bac +5 diplômés en 2024 jugent leur recherche d’emploi difficile, soit 23 points de plus que la promotion 2022 arrivée sur le marché de travail avant son retournement. Pour décrocher leur premier poste, ils ont multiplié les candidatures, davantage que leurs aînés, et 38% ont mis plus de six mois à être recrutés, une période de recherche qui s’est considérablement allongée. Résultat, une majorité est prête à faire des concessions salariales. Sans parler d’austérité, les salariés entrent dans une année où les augmentations seront rares et limitées, les cadres et les jeunes diplômés seront en première ligne.
Publié le lundi 08 décembre 2025 .
4 min. 21
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d'Alexandre Mirlicourtois
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