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L’électrification rapide du parc automobile se heurte à la réalité du terrain. Sans aller jusqu’à sa remise en cause totale, il faut garder à l’esprit que le choix du tout électrique a été pris de façon précipitée, inconsidérée, sous le coup de l’émotion, notamment après le scandale du « dieselgate ». Résultat : une filière automobile en crise en Europe, en France en particulier, où les fermetures partielles de sites, les baisses de cadence et le non-renouvellement des intérimaires se multiplient — quand ce ne sont pas des licenciements massifs ou des arrêts définitifs d’usines. Tous les constructeurs sont concernés : Stellantis à Poissy, Mulhouse, Sochaux, Rennes, Douvrin ; Renault à Sandouville, etc. Les équipementiers plongent aussi. S’il sort de moins en moins de véhicules des chaînes de montage, c’est que la demande fait défaut. En Europe, les immatriculations sont très loin de leurs niveaux habituels. En France, les ventes se dérobent également et se situent à leur plus bas niveau depuis près d’un demi-siècle. Le passage à la voiture électrique ne peut être tenu pour seul responsable de cette dégringolade, mais il y contribue très directement.

Une promesse de modernité qui s’essouffle

Leurs ventes ont certes augmenté depuis la volonté des pouvoirs publics de les imposer, mais elles plafonnent et n’ont pas remplacé les véhicules thermiques, dont les immatriculations se sont simplement stabilisées après avoir chuté. Signe que l’échec n’est pas très loin, la part de marché du 100 % électrique reste coincée en dessous de 18% depuis deux ans. Contre toute attente, le groupe Stellantis a annoncé prolonger jusqu’en 2030 la durée de vie de ses moteurs diesel. Audi abandonne pour sa part son objectif de mettre fin à la production de moteurs à combustion interne à l’horizon 2033. Les exemples ne manquent pas.

Une transition devenue privilège

L’électrique devait incarner une transition accessible à tous. Elle a ramené l’automobile à son statut originel : un privilège de riches. Le profil type d’un acheteur de véhicule neuf en dit long : majoritairement un homme, âgé de plus de 54 ans, cadre, chef d’entreprise, exerçant une profession libérale ou retraité aisé. Avec l’explosion des tarifs, le budget pour un véhicule neuf est devenu hors de portée pour les plus jeunes.

La transition vers l’électrique a considérablement alourdi la facture, même si la flambée des prix est multifactorielle, avec pêle-mêle : l’augmentation du coût des matières premières et des composants ; l’inflation réglementaire, qui multiplie les normes et renchérit le coût de production ; et enfin la stratégie des constructeurs, qui misent sur le haut de gamme plutôt que sur des modèles abordables (mis à part certains segments low-cost).

Un marché artificiel sous perfusion politique

Autre facteur fondamental à ne pas oublier. Dans une économie de marché, une technologie s’impose par rapport à ses concurrentes lorsqu’elle est plébiscitée par les clients. Or, dans le cas de la voiture électrique, elle s’impose non pas parce qu’elle a su démontrer sa supériorité du point de vue des clients, mais par volonté politique. D’ailleurs, lorsque ces incitations ont été supprimées, comme à Hong Kong ou au Danemark en 2017, les ventes se sont littéralement effondrées. À bien des égards, le marché du véhicule électrique est artificiel. Il ne faut donc pas s’étonner que le marché le lui rappelle de temps à autre. Les différents gouvernements l’ont bien compris. C’est pourquoi ils exercent désormais des pressions sur l’Europe pour freiner les réglementations jusqu’alors ultra-favorables au développement des véhicules électriques. Les Allemands le réclament, et en matière d’automobile, ce que veut l’Allemagne, Dieu le veut.


Publié le lundi 10 novembre 2025 . 4 min. 01

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